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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 15:52

                               UN METIER DISPARU : LE PORCHER

                                       Albert Girardin

 

      A Helleringen, mon village natal, le métier de porcher s’est maintenu jusqu’en 1970 environ. C’est alors, au décès du dernier représentant de la corporation, que la municipalité a jugé inutile de lui donner un successeur, car le troupeau de porcs avait fondu. Il n’existe donc plus de porcher aujourd’hui, ni à Helleringen, ni dans les autres villages de Lorraine et d’Alsace Bossue.

       J’ai personnellement connu plusieurs de ces pâtres, et entendu parler souvent de leurs prédécesseurs. Parmi eux, quelques énergumènes hauts en couleur ont éveillé, dès mon jeune âge, mon intérêt pour cette profession, si bien que j’ai noté aussi ce qu’en dit la littérature.

       Il ya quelques années, l’octogénaire Jeanne Gogelein, fille d’un aubergiste de Fénétrange, a publié un ouvrage d’histoires et anecdotes de son pays natal. Elle y évoque, entre autres, le notaire, maire et conseiller général Georges Ditsch (1829-1918). A la sortie du bourg, près de la « porte d’Allemagne » (qui aujourd’hui n’existe plus), ce notable possédait une petite forêt, où, par les beaux soirs d’été, il aimait aller se reposer de ses multiples tâches.

      Non loin de là, se dressait la cabane du porcher, qui parfois venait s’asseoir sur le banc, à côté du notaire, pour un brin de conversation. Les deux hommes s’entretenaient sur les évènements de leur petite ville, sur l’actualité et la politique, et l’on racontait à Fénétrange qu’au cours de ces entretiens, il arrivait au porcher de suggérer à son interlocuteur bien des mesures censées et de lui prodiguer des conseils utiles.

      En lisant l’ouvrage de J. Gogelein, l’un des petits-fils de Ditsch, établi à l’autre bout de la Lorraine, a pris la mouche, outré par le toupet de l’auteur : insinuer que son grand’ père, « le chêne de Fénétrange », président du Conseil Général et ami de l’empereur, eût pu se faire conseillé par un porcher, n’était-ce pas le comble de l’insolence ?

      Imbu de son standing, ce petit-fils n’a sans doute pas été très attentif lors des cours d’histoire au lycée, sur la guerre de Troie; car dans l « Iliade » d’Homère qui vécut au 8è siècle av. J.C, on apprend qu’Odysseus, roi d’Ithaque, après une guerre de 20 ans contre les Troyens, consulta à son retour son vieux porcher Eumaios, pour s’informer de la situation politique de son pays. Puis il envoya ce même porcher dans la capitale afin d’y glaner des renseignements sur la révolte en cours. Ainsi Eumaios, qui associa le vacher à cette mission, put-il aider le roi à reconquérir le pouvoir sur les nobles rebelles.

      

     Selon l’Ancien Testament et la loi de Moïse, le porc était considéré comme impur, donc interdit à la consommation. Les raisons de cet interdit étaient d’origine non pas hygiénique, mais cultuelle. Car dans l’Antiquité, le porc ou le verrat était voué à Astarté, déesse de la fertilité, si bien qu’en mangeant du porc, on risquait de tomber sous l’influence de la déesse païenne. C’est pourquoi, pour les Juifs intégristes et les Mahométans, cette loi est toujours en vigueur.

       Dans le Nouveau Testament, le métier de porcher est mentionné à deux reprises. Dans la parabole du fils prodigue, celui-ci ayant quitté les siens pour aller dilapider sa fortune au loin, se trouve finalement réduit à garder les porcs d’un riche propriétaire pour gagner sa vie, une humiliation que le Ciel lui inflige en guise de châtiment.

       Enfin il est question de porchers dans l’un des récits sur les miracles : après la traversée du lac Génézareth, Jésus et ses disciples abordent la région des villes grecques, donc païennes. Là, non loin de quelques porchers gardant leurs troupeaux, le Christ rencontre un posséd qu’il libère des mauvais esprits. Aussitôt ceux-ci se précipitent sur les porcs, qui, dans leur panique, se jettent du haut des falaises dans le lac où ils se noient. C’est pourquoi les bourgeois des villes intiment à Jésus de quitter le pays, vu que la  guérison des malades leur semble moins importante que la sécurité de leurs biens, un point de vue qui a toujours cours aujourd’hui.

       C’est l’histoire romaine du 6è siècle qui illustre l’importance du porcher par un exemple particulier.

        Un jour dans les Monts Illyriques (l’actuelle Croatie), un porcher abandonna  son troupeau pour aller chercher fortune en ville. Il marcha des jours à travers les Balkans, suivi de son neveu de 12 ans qui l’avait secondé dans la garde du troupeau.

        Arrivé à Byzance (Constantinople), une des capitales de l’Empire, comme il était de taille imposante, il fut intégré à la Garde Impériale, où son neveu lui servit d’ordonnance.

        Dans l’armée de Rome, le porcher fit carrière, et au bout de 20 ans il monta sur le trône des Césars sous le nom de Justin. Son règne, estimé bénéfique par les historiens, durera 10 ans.

        Son neveu, qu’il associa à son gouvernement, fut son successeur, dont aujourd’hui encore, chaque étudiant en droit connaît le nom. Justinien en effet est le père du Codex Justinianeus, et l’un de grands restaurateurs de l’unité de l’Empire Romain. Pourtant, bien qu’à Bysance le peuple l’adorât comme un dieu, il n’oublia jamais ses humbles origines. Son épouse Théodora, une ancienne cavalière de cirque, partagea le pouvoir avec lui.

         Le cardinal Jean de Brogny (1342-1426) est lui aussi un bel exemple d’ascension sociale ; né à Brogny, près d’Annecy en Savoie, il fut, selon la légende et dans sa jeunesse, porcher dans son village natal avant de faire carrière.

         Nommé évêque, puis archevêque, cardinal, chancelier de l’église, c’est lui qui, après la destitution du pape Jean XXIII, présida le concile de Constance (1415-1417).

       

          Quant au peintre flamand, Pieter Bruegel l’ancien (né 1569 à Bruxelles), ancêtre de toute une lignée de peintres célèbres, ses biographes prétendent manquer d’informations sur ses origines. Visiblement ils préfèrent escamoter la tradition orale selon laquelle Bruegel aussi aurait été porcher dans sa jeunesse, et qu’il aurait esquissé ses premiers croquis sur le dos des cochons de son troupeau.

          Mais revenons au sort du porcher ordinaire, un thème souvent abordé dans l’art et la littérature du Moyen-Age.

          En ces temps-là, tandis qu’en Europe du Sud on pratique surtout  l’élevage de chèvres, en Europe du Nord et du Centre chaque village ou domaine avait son porcher, car la viande et la graisse des porcs étaient primordiales dans l’alimentation du peuple.

          Dans notre région, bon nombre de familles bourgeoises sont issues de ces lignées de pâtres, qui comptent parmi leurs descendants des professeurs, médecins, politiciens etc…

          Avant le 19è siècle, où l’on commença à défricher les grandes forêts, peuplées de loups, le métier de gardien de troupeau n’était pas toujours sans danger. Aussi, à l’automne, lorsque les bêtes étaient menées à la glandée dans les bois de hêtres et de chênes, le porcher, armé d’une pique, devait-il s’adjoindre un garde et quelques chiens de chasse pour assurer la défense du troupeau.

          Le salaire du porcher variait d’un village à l’autre, suivant le budget de la mairie et l’état de la fortune des habitants.

          En général, à moins d’avoir sa propre maison, il disposait du « Hirtenhaus » communal, ainsi que de redevances en nature.

          Une fois l’an, le jour du mardi-gras, muni d’un grand panier et d’un cruchon, il faisait sa tournée de collecteur chez les propriétaires de cochons du village.

 

        

 

                                                                    Traduit de l’allemand par Lilly Lichty

 

                                                                                                                           

 

 

 

 

Par lichty lilly
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 15:41

 

          Und weiter geht’s auf Deutsch.

          Wir hatten wieder Einquartierung, zuerst eine Fliegerkompanie die im Schlossgarten von einem brüllenden Feldwebel gedrillt wurde. Bei uns wohnte der Berliner Kurt Heine, sowie ein Schlesier mit einem polnischen Namen, vor dem Kurt uns warnte:

-Ihr dürft nicht alles sagen, was ihr denkt. Kritik ist nicht gefragt.

           Wir haben etwas Zeit gebraucht, um zu begreifen, von wie vielem man uns befreit hatte, unter anderem von der Freiheit, kleine und grosse Machthaber zu beschimpfen. Mein Grossvater, der mit geheimer Sehnsucht die Feldgrauen erwartet

hatte, sagte still: 

-Es ist halt nicht mehr der Kaiser!

           Dann fing die Schule wieder an. Hat Mme Bucher anfangs beide Klassen unterrichtet? Ich weiss es nicht mehr recht. Jedenfalls konnte sie sich anpassen: sie hatte uns ja schon einmal Deutsch gelehrt, in einem kleinen, grünen Buch, auf dessen letzter Seite von Max, Xaver, und einer Nixe bei der Quelle die Rede war, wer weiss das noch?

           Sie war es auch, über die der grobe Schulrat zweimal nacheinander hergefallen ist. Er hatte einen kahlgeschorenen Kopf, mit grauen, kalten Augen, und war ein Ekel, und wenn es nach ihm gegangen ware, sässen wir heute in Polen.

           -Das muss ja ein faules Dorf sein,  sagte er bissig; um 7 Uhr morgens die Läden noch geschlossen ! Nun, den französischen Schlendrian wird man ihnen schon austreiben !

            Es war in der Heumachet : um 7 waren alle Leute längst beim Mähen und Schladenbrechen, und als sich das Wort des Nazibonzen herumsprach, fühlten sich die Diedendorfer schwer beleidigt.

            In der Schule hat er den Kebb zusammengebrüllt, weil der die Bestandteile einer Maschine nicht aufzählen konnte, und dann sollten wir die deutschen Flüsse auswendig auf die Schiefertafel zeichnen, die erste Reihe den Rhein, die zweite die Weser, usw.

Ich sass bei der Oder, erstarrt am unsichtbaren Ufer, da ist er gekommen, und hat sie mir auf die Laï geschmissen, mit Frankfurt und den Nebenflüssen und allem Zubehör.

           -Nur um zu zeigen was er kann, sagten wir hinterher; vielleicht kann er sonst nichts.

           Bei seinem zweiten Besuch, kam Eddy mit etwas Verspätung angetrottet.

           -Wo kommst du her? brüllte der Schulrat.

           -Von daheim, lautete die zittrige Antwort, und dann sah ich zu meinem Entsetzen zwischen den Hosenbeinen des Brüderleins ein fadendünnes Rinnsal heruntersickern, das auf dem Fussboden eine kleine Pfütze bildete. Es hat’s aber niemand gemerkt.

          Später erfuhr die Lehrerin, dass der Schulrat ihre Ausweisung geplant hatte. Zum Glück wurde er jedoch von dem netten Herrn Alexander abgelöst, dessen Mutter aus Buckenum stammte, und der die Sache wieder eingerenkt hat.

          Danach wurden die Grossen einige Wochen von Herrn Klein aus Bischtroff unterrichtet. Er hatte eine Vorliebe für knifflige Rechenaufgaben: es waren die traditionnellen problèmes über tropfende Wasserhähne, sich kreuzende Züge, mit Pfählen eingezäunte trapezförmige Flächen, die er aus dem Französichen übertrug; es machte Spass, sich den Kopf darüber zu zerbrechen, und wir hätten mit dem Henri gern noch eine Weile weiterkutschiert.

           Soweit ich mich erinnere, hat ihn Mamsell Schillé aus Kaschel abgelöst. Sie hatte ein Zimmer in Hazemanns und war sehr lieb, mit einem Hang zu Gefühlsergüssen. Beim Vortragen von Gedichten sollten wir mehr aus uns herausgehen, sagte sie, und sie deklamierte uns vor wie man das macht : « es lächelt der See, es ladet zum Bade, der Knabe schlief ein am grünen Gestade, da hört er ein Klingen, wie Flöten süss, wie Stimmen der Engel im Paradies…”In ihrer Stimme lag jede Menge Ausdruck und Schmelz, es war seelenvoll und schrecklich peinlich. Die Jungen grinsten hämisch hinter vorgehaltenen Fäusten, und keiner von uns hätte sich unterstandes, so aus sich herauszugehen, wir blieben lieber drin.

            Und dann kam Herr Kuhn aus Heidelberg; Seine Strafversetzung (durch die Partei) nach Bischtroff hatte ihn anscheinend verbittert, sodas ihm ein schlimmer Ruf vorausging: wir wussten, dass er die Schüler verdrosch, und wir erwarteten ihn mit Heulen und Zähneklappern.

             -Wenn er mein Heft sieht, schlägt er mich tot, jammerte Eddy, dessen Handschrift tatsächlich aussah, als hätte ein Erdbeben die Burchstaben durcheinandergeschmissen. Fräulein Schillé versuchte ihn zu trösten:

             -Wenn du dich ein bisschen anstrengst, geht es schon…

              Und siehe da, die Angst wirkte Wunder: plötzlich schrieb er so säuberlich, dass es uns die Sprache verschlug, und Kuhn ihn am Leben liess.

             In der Tat war der neue Lehrer vorerst ein strenger Meister, der den Buben den Hintern versohlte, dass der Staub aus den Hosenböden aufstob, wie beim Teppichklopfen.

             Doch nah zu nah haben wir ihn bekehrt und betört, mit Äpfeln und Weihnachtsbredle und dreistimmigem Gesang, und schliesslich, wenn auch nicht auf den ersten Blick, war es die grosse Liebe.

             Und nun einige Stichwörter für unsere Erlebnisse mit ihm;

- Furzen: einmal beim Singen, liess sich ein Ton hören, wie von einer Sopranstimme; er kam aber nicht aus unseren Kehlen.

             -Wer war das?

             Heckels Paul verriet sich durch einen Lachkrampf. Während er, über die vordere Bank gelegt, den Hintern verhauen bekam, lachte er krampfhaft weiter.

              Ein ander Mal zog eine Duftwolke durch die Reihen, und Kuhn versuchte vergebens, den Ausgangspunkt festzustellen. Sein strenger Blick forschte in unseren Mienen, und blieb  an Hecks Pierre haften, der jedoch den Verdacht nicht auf sich sitzen liess. :

              -Ich war es nicht, komm schmack!

- Himbeerpflücken: morgens um 7 standen wir mit unseren Gamellen oben auf dem Reckersberg am Waldesrand. Auf den Wiesen glitzerte der Tau, die Welt war heil und wunderschön, und wir sangen aus voller Brust: “Die Sonn erwacht”!

- Kräutersammeln: mit Scheren schnitten wir die Blüten der Schafgarben ab, weil die Stiele so zäh waren, dass man sich die Finger daran verletzte. Auch Katzewaddel sammelten wir, und Spits-und Breitwegerich, Brombeerblätter, Primeln…Die Pflanzen wurden in oberen Stockwerk des damals unbewohnten Pfarrhauses auf dem Fussboden getrocknet, und dann als Beitrag zum Endsieg abgeliefert.

- Aktion Grumbeerebobe: mit einer Blechbüchse, die etwas Roh-oder Terpentienöl enthielt, streiften wir durch die Kartoffelfelder jeder in seiner Furche, und sammelten die Käfer und die glitschigen Larven, die die Buben meist mit den Fingern zu einer orangefarbenen Brühe zerdrückten. Dann versuchten sie, sich heimlich die Hände an unseren Röcken abzuwischen.

- Konzert vor der Schule: wir waren ziemlich zahlreich in der Blockflötengruppe, und Pierre, Paul, Andrée und Eddy spielten Geige. Manchmal kratzte und piepte es ein bisschen, aber schön war’s doch an jenem Sommerabend unter den Kastanien, wo wir auch unere Lieder vortrugen: “Kein Hälmlein wächst auf Erden;;;””Wie’s daheim war”, und viele mehr.

- “Mannemer Krischer”: so hiess das Gedicht in der Mundart der Jungs aus dem ausgebombten Mannheim, die im Dorf untergebracht waren: “wo’s kloppt und wo’s mit Kette rasselt, wo die Fabrik pfeift, dunnert noi, wo’s nur vor Hammerschläch so prasselt, do kammer net arg ruhich soi…” Von diesen Krischern bleiben mir zwei in Erinnerung: Hazemanns Werner, dem Andrée, Milly und ich einmal die Haare mit Mehlpappe verklebt haben, mit der Behauptung, es sei französiche brillantine, und der rothaarige, sommersprossige, vorlaute Helmut in Hoschare, der immer  mit den unregelmässigen Zweitwörtern daneben haute: winken- wanken-wunken, und niesen- nas -genossen.

- Lachanfälle: darin war Pangerts Gritt nicht zu übertreffen. Wenn Kuhn beim Vorsingen den Mund schief zog, stieg ihr unabwendbar ein Röcheln in die Kehle, gegen das sie so verzweifelt ankämpfen musste, dass sie sich regelmässig dabei verpinkelte

- Liebe: Der Lehrer hatte ein Formular auszufüllen:

              -Wer von euch ist katholisch?

Düringersch Toni hat sich erhoben, und plötzlich stand auch Annelies in ihrer Bank; sie hatte nicht zugehört. Es war ein Gaudi, weil wir wussten, dass sie in den Toni verknallt war, und Yvette murmelte: “Oh jo, Annelies, so wit sin mer jetz doch noch nit!”

              Im Nachhinein fällt mir grad noch die Polka ein, die Mme Bucher einmal zu einem Fest (es muss 1940 gewesen sein) mit uns eingeübt hat « Ritsch, ratsch, fidibumbumbum (bis), fidibum ; so heb’n wir mal das rechte Been, das linke Been, denn mein Gesell soll meine Sohle sehn… » Es wurden 6 Pärchen ausgelost, darunter Schnippé und ich, und uns auf Heckles Bühne zu produzieren war damals ein Höhepunkt unseres Lebens.

               Im Sommer 1944 wurden die 1930er aus der Schule entlassen, Kuhn kehrte definitiv nach Heidelberg zurück, unser Bärenmuller (den meine Klasse nie als Lehrer erlebt hat, deshalb fehlt er in dieser Chronik), kam aus der Umschulung nach Hause und, als Kinder der Grenze pendelten wir wieder einmal einer Befreiung entgegen, diesmal mit Triumphbogen und Kaugummi.

               Awer jetz langt’s, s’werd sowieso schun Huddel gin mit um fotokopiere. Unsri Spielre -Guses, Schnelles, Käschtels, Gilles, Balles, Stibberles, Schuck-Schuck Schmehr- un unsri Liewesgeschichte spare me ruff fur’s nächschte Klassefescht!

 

                                                      Lilly Lichty, Diedenuff, März 1989

            

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

       

 

 

 

 

 

 

      

 

        

 

 

Par lichty lilly
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Dimanche 23 novembre 2008 7 23 /11 /Nov /2008 15:31

 

   

                       SOUVENIRS  D’ECOLE.

 

 

 

              Elle est le lieu de convergence de nos souvenirs communs, et j’évoquerai les miens, dans l’idée qu’ils réveilleront dans votre mémoire des détails oubliés.

              Je me rappelle vaguement mon premier jour de classe, début octobre 1936. Je me rappelle l’odeur des cartables neufs, l’ardoise à lignes et carreaux, dans son cadre de bois percé d’un trou d’où passait la ficelle du « Bischel », les plumiers noirs, aux couvercles peints de motifs de couleurs, la boîte à éponge, les longs et minces crayons d’ardoise qu’on taillait en les frottant sur le grès de l’évier, et notre excitation mêlée de crainte pendant que nous nous dirigions tout seuls vers l’école, car nos mères, à l’époque, n’auraient pas eu a l’idée de nous accompagner.

              Sous les marronniers, en attendant 8 heures, les « anciens » nous observaient  en se moquant de nos airs intimidés, et Karschersch Albert s’est approché, pour nous préparer, disait-il, à ce qui nous attendait : chacun des « nouveaux » serait obligé de casse avec ses dents, une chaîne d’acier chauffée au rouge.

             -C’est un sale moment à passer et je ne vous envie pas, ajoutait-il ; mais ne vous tracassez pas trop, on est tous passé par là, et de toute façon vous n’avez pas le choix….

            Nous l’écoutions bouche bée, d’abord incrédules, puis ébranlés par son assurance ; peu à peu la panique nous gagnait et quelques uns se sont mis à pleurer.

              Enfin, dans son pull gris, à bordures rouges et vertes, Alice Frey est apparue sur le pas de la porte. (Quand elle s’est mariée peu après, avec Bittels Emile, nous lui avons fait cadeau d’un service à café alsacien). Nous nous sommes rangés dans la cour bordant le Kirchewej, puis, le coeur battant, nous avons grimpé en silence l’escalier raide et étroit.

             A l’étage, la salle de classe des petits comportait une rangée de bancs à trois places au milieu, flanquée de deux rangées à deux places. Pas trace de chaîne d’acier, nos dents de lait seraient épargnés, et nous commencions à nous détendre.

             Je fais une parenthèse, pour évoquer encore Karchersch Albert et ses fables : l’année suivante, lors d’une épidémie d’oreillons, il est venu nous rejoindre un jeudi devant Fierschteins, tout juste guéri de son « Pusert », et il nous a fait un long discours sur cette redoutable maladie :

            -Si vous l’attrapez maintenant, tant que vous êtes petits, c’est encore à peu près supportable, mais si vous l’attrapez plus tard, comme Hansnickels Fritzel, alors là….Hansnickels Fritzel, der geht de glatte Wänd in de Heh !

 

           Je l’écoutais, épouvantée, en me demandant comment, le cas échéant, j’allais m’y prendre pour escalader une paroi verticale.

           -Alors, si je peux vous donner un conseil, poursuivit Albert, tâchez de choper le Pusert aussi vite que possible, sinon je vous plains, vraiment.

           -Oui, mais comment ? dit l’un d’entre nous.

           Sur quoi il nous a proposé le reste de ses microbes, et c’est avec gratitude que nous avons accepté : de son index copieusement mouillé de salive, il nous a enduit la région des amygdales et je nous vois encore, levant l’un après l’autre le menton, pour nous soumettre à la contamination préventive.

           Ca a marché, puisque peu de temps après nous avons tous eu les oreillons.

         Mais revenons à la rentrée des classes : quand la maîtresse nous a assigné nos places, je me suis retrouvée entre Annelise et Andrée, dans la 2ème rangée du milieu. Une fois adaptées à l’école, nous ne cessions de cancaner et de nous disputer, puisque c’était entre nous une vieille habitude, et tout au long du cours préparatoire, j’ai été envoyée « au coin » au moins trois fois par jour.

        Notre livre de lecture, de Jolly, s’intitule « En riant ». Sur ses pages, nous avons rencontré nos premiers héros littéraires, Toto, de taille moyenne, le long et maigre Jojo, le court et gros René, et Lili dont le torse et la jupe formaient deux triangles symétriques. Des tableaux cartonnés, qu’Alice accrochait à un porte - cartes, complétaient le livre, et le CP ânonnait en suivant la baguette: Toto a lu, Jojo a un âne, Lili est au lit, René a un vélo.

        Les tableaux les plus usés étaient jetés aux orties, et nous les avons découverts un jour dans le jardin à l’abandon, entre le pignon arrière de l’école et le mur du cimetière. Ils nous ont inspiré un jeu pour quelques soirées de printemps : l’une d’entre nous était la maîtresse, et une autre tenait le rôle de Nancy Schlumberger (à laquelle Mme Bucher a donné pendant quelques temps des leçons particulières). Dans notre mise en scène, il était entendu que Nancy devait bafouiller en déchiffrant, et se faire gronder par la maîtresse. Sans doute cherchions-nous, fût-ce par un jeu, à nous venger de l’enfant de riches, qui dédaignait l’école du village.

        En 2è année, ma voisine, près des fenêtres, était Strohkättels Grittel, qui nous dépassait tous en taille et en sagesse, et qui, très réservée, ne participait guère à nos jeux. Ma dernière année dans la classe des petits, je l’ai passée dans le banc du fond, à côté de Irma, dont les bordures, dans le cahier du jour, étaient toujours impeccables, et qui, pour mon anniversaire cette année-là, m’a dessiné une très jolie corbeille de fleurs que j’ai longtemps gardée.

        D’autres souvenirs me reviennent en vrac : les jours de décembre, pendant que ronflait le poêle et que baissait la lumière, qu’il faisait bon à l’école ! Par la fenêtre, nous guettions les premiers flocons de neige, nous récitions nos versets, pour la fête à l’église, nous dessinions avec ferveur des sapins, si décharnés qu’ils ressemblaient à de futures antennes télés, et je me rappelle une dictée de circonstance, où tout le cours élémentaire avait fait une faute dans le mot « Noël ». Mme Bucher nous a fait chercher l’erreur, mais tout le monde séchait, jusqu’au moment où un doigt s’est levé dans la rangée de gauche. C’était Wohmars Alice, qui disait « N majuscule ».

         J’aimais aussi les orages pendant les heures de classe : nous étions tous ensemble, sous la protection de la maîtresse, et il ne pouvait rien nous arriver, si bien que la peur devenait une sorte de jeu grisant, et que nous riions de nos sursauts, quand  le tonnerre roulait dans le ciel avec un bruit de chariot. 

         Mais l’incident qui m’a le plus impressionnée au cours de ces trois ans, c’est la rage que Hecks Pierre a piquée un jour, parce- qu’il s’estimait injustement puni. La maîtresse se tenait à l’entrée de la cour, abasourdie, et lui, haut comme trois pommes dans son tablier noir boutonné dans le dos, il s’éloignait en continuant à l’invectiver.

         -Je viendrai raconter ça à ton père, a-t-elle crié, tu vas voir!

        Il s’est retourné pour la défier de plus belle en ponctuant du menton :

        -Kumm numme, ich wart uff dich ! Kannsch kumme wann de willsch!

         Je n’en revenais pas: il osait tutoyer la maîtresse ! au mépris des conséquences, qui pourtant s’annonçaient lourdes ! Mais c’était un héros, ce mec là !

         L’épilogue, le héros lui-même me l’a appris, il n’y a pas longtemps : son gendarme de père ne plaisantait pas avec la discipline, et c’est à genoux devant Alice que Pierrot à demandé pardon.

      La rentrée de 1939 a été troublée par les faits de guerre. Enceinte de Jean-Claude, Mme Bucher était partie à Cholet (Maine et Loire) dès septembre ; M.Muller était incorporé dans l’armée et c’est avec le vieux père Gassert, venu on ne sait d’où, qu’a démarré l’année scolaire. Il instruisait les grands le matin, les petits l’après-midi, sans jamais s’énerver, avec une bonhomie et une indulgence à toute épreuve.

         -Langsam ! Nit huddeln ! disait-il quand nous nous embrouillions dans les exercices de calcul mental.

        Les nouveaux du cours préparatoire ont donc entrepris l’apprentissage de la lecture avec un grand-père gâteau, qui les dépaysait d’autant moins qu’il s’adressait à eux en alsacien.

          Parmi ces nouveaux, Paulette avait décidé que, la lecture ça pouvait attendre. Aussi, quand venait son tour, elle se débrouillait pour le laisser passer :

-So, Paulettel, les jetz du widdersch !

Fouillant dans son cartable, Paulette répondit :

-Jetz ess ich a Appel !

Gassert la laissait faire et ne revint à la charge que lorsqu’il restait de la pomme que le trognon :

-Awer jetz bisch du dran, Paulettel. Les jetz scheen..

Alors, calmement, elle se leva pour se diriger vers la porte :        

 -jetz geh ich brunse !

Et elle revint quand la leçon de lecture était terminée. (C’est de Milly que je tiens cette charmante histoire.)

Le père Gassert est parti comme il était venu, discrètement, sans faire de remous, et personne n’a plus entendu parler de lui.

 

Après son départ, l’école a chômé pendant quelque temps ; puis est arrivé Melle Riehm, une jeune femme brune à chignon, au visage sévère. Schneidersch Magrit, qui était retournée vivre chez ses parents, lui a proposé une chambre dans le logement de service de l’ancienne mairie.

          Dès le 1er jour, la « nouvelle » nous a infligé une leçon sur les fractions, et passé un savon à Thomässels Ann qui était arrivée en retard. Nous faisions la grimace, nous n’étions pas emballés. L’après-midi, elle nous a fait chanter tout notre répertoire : Salut riant village, Martyrs sacrés, Brillant comme une aurore, Ma Normandie….Elle était bizarre, décidément, comme retranchée derrière un mur invisible.

          Le lendemain, nous attendions devant l’école : 8h, 8h30, elle ne venait pas et les commentaires allaient bon train :

-Do hätt se nit brüche mit der Ann händle gischert…

A neuf heures les gens ont commence à s’inquiéter, on est allé voir: le lit n’était pas défait, sur la table de nuit étaient posées trois lettres.

La Sarre en crue charriait une eau jaune, limoneuse. Sur le pont on a découvert le manteau, accroché à un pilier, et les chaussures posées contre le parapet. Plus tard, au Holzwinkel, on a trouvé son corps.

Melle Riehm est enterrée contre le mur du cimetière, à gauche en entrant, sous un buisson de buis qui a tout envahi. La croix a disparu et son souvenir s’est effacé.  

      

        Ensuite deux institutrices ont été nommées à Diedenuff, l’une pour les grands, l’autre pour les petits.

        Melle Carbinier avait une chambre chez Reewe, où Freddy se servait de son rouge à lèvres pour marquer les porcelets, avant de les lâcher dans le troupeau, qui s’en allait vers la Unner.

Elle portait souvent une jupe plissée bleu marine, à liserés blancs, qui volait haut pendant les leçons de gymnastique, et dans la classe du rez-de –chaussée, le passe-temps favori des « vétérans » consistait à s’embusquer derrière le poêle, entouré d’un pare-feu dans lequel ils avaient pratiqué une ouverture pour observer le « Bachowe » de la maîtresse.

        Chargée de la petite classe, Melle Helmstetter avait l’habitude de s’asseoir sur le rebord de la fenêtre, les pieds sur le bahut posé en dessous, et les grands de fin d’étude ont décidé de lui jouer un tour : grâce à la corvée de bois, qui leur donnait accès à la salle avant 1h, Karschersch Marcel s’est caché dans le bahut, et quand le couvercle s’est lentement levé sous ses pieds, Mathilde, de saisissement, a failli tomber par la fenêtre.

        L’hiver 39/40 a été long et rude, et dans le couloir de l’école, sous la rangée de bonnets et de cache-nez qui surchargeaient les crochets, nos sabots traînaient pêle-mêle sur toute la largeur du carrelage. A la sortie, c’était la bousculade, les coups de poing, les coups de gueule : « Halt ! du hash miner Klumbe ! », et il n’était pas prudent de s’aventurer dans la mêlée, tant qu’y retentissait le baryton de Freddy.

        Souvent toute l’école allait faire de la luge au Serrgarte, ce lieu magique où nos pères déjà s’amusaient aux glissades sur leurs tombereaux en bois plein, dont la partie avant, plus basse, s’incurvait en une « Muld » pour les fesses du passager. Nous dévalions la pente, serrés à 2-3 sur nos luges pilotées à coups de talon, ou alors nous faisions un « Pansert », couchés à plat ventre, et gouvernant l’engin du bout des orteils.

         Cantonnés au village depuis l’automne, et intégrés à notre monde, quelques uns des « Hunnertzwanzichre » venaient parfois nous y rejoindre, coiffés de leurs « Geisse-ittre », sous prétexte de participer à nos jeux, mais surtout pour les beaux yeux des institutrices.

         Il y a eu aussi, cet hiver-là, une randonnée de l’école à Kleingeroldseck près de Stinzel. Quand Eddy, mon petit frère s’est aventuré sur les anciens fossés du château-fort, la glace a cédé. Trempé comme une soupe, le frangin bleuissait sous la bise, et la maîtresse, affolée par des images de pneumonie, l’a déshabillé, séché, frictionné, avant de le revêtir de son propre pull, de ses chaussettes et de sa culotte tricotée en coton blanc, où se dessinaient les trous-trous du « Gussdiechel ». Puis, au pas de course, on l’a ramené à la maison.

Le voyant arriver ainsi accoutré, ma mère a éclaté de rire, tandis que la maîtresse au bord des larmes, faisait son mea culpa. Le lendemain, c’est elle qui a dû garder le lit avec une bonne angine, et les lurons de la 120è Compagnie ne se sont pas privés de se payer sa tête :

-Voilà ce que c’est de se promener sans culotte en plein hiver !

Ils ajoutaient, égrillards, qu’Eddy était un sacré veinard tout de même, et qu’ils auraient donné cher pour  être à sa place, à se faire éplucher par Mathilde, là-bas au pied du donjon….

          A Pâques, quand Mme Bucher est revenue à son poste, Melle Helmstetter est allée reprendre ses études de médecine, tandis que le cours moyen-fin d’année restait livré à Melle Carbinier et beaucoup à lui-même.

          

       C’était souvent un joyeux souk dans la classe, surtout les samedis après-midi, quand, dans une ambiance de braderie, nous échangions nos livres de bibliothèque. Dans le brouhaha général, Nerschersch Charel criait au fond de la salle, en tirant du placard les volumes reliés de toile verte :

-Wer will « les vacances » ? Wer will « Le capitaine Corcoran”?

        Ensuite on procédait au nettoyage des encriers, qu’il fallait extraire  du banc où ils étaient encastrés, pour aller les rincer dans la cour, car la semaine y avait dépose des sédiments de toute sorte : noyaux de cerises, rognures de taille-crayons, confettis de papier buvard qui accrochaient au bout des plumes de traîtres filaments, dont les traces ornaient nos cahiers de jour et de devoirs mensuels. Ce nettoyage était une opération périlleuse, à cause des garçons, qui s’y connaissaient pour les bousculades au bon moment : un petit coup de coude en passant, et le brouet violet ou bleu Waterman vous giclait sur le tablier, parfois même jusque sur nos bas de coton, que nous tricotaient nos mères, et qui tirebouchonnaient sur nos tibias, au bout des élastiques à boutonnières attachés au « Léiwel ».

         La maîtresse n’intervenait pas trop ; peu nerveuse et amoureuse de surcroît (de Belami, supposions-nous), elle laissait voler les boulettes des           « Spatzeschnellre ».

         De toute façon, même en-dehors de l’école, les temps étaient au désordre : encombré de véhicules de toutes sortes, le village s’animait d’un va- et- vient incessant de chiens, de poules, de gamins et de militaires, logés chez l’habitant. Nous les aimions, ces poilus qui introduisaient dans nos maisons leurs cantines et leur odeurs, et qui agrandissaient nos cercles de famille..

         Bref, pour nous, les enfants, cette pagaille générale était une aubaine. Toujours fourrés avec les bleus, les garçons participaient aux activités de la Compagnie, lavage de camions, nettoyage d’armes, corvées de pluche ; Eddy prenait en outre des leçons de conduite avec l’ordonnance de Guenard-Corréard, les deux lieutenants cantonnés chez nous. Ce sombre Michel, qui ne parlait à personne, était tombé sous le charme de mon petit frère, au point de tout lui permettre : un soir, Schrinersch Luis, en route pour la laiterie, est resté planté sur la place en croisant la traction des officiers, qui se dirigeait vers la pompe à essence dans Lauche Hoft : à part Eddy, dont la tête dépassait à peine le tableau de bord, il n’y avait personne dedans, car Michel suivait à pied.

         Quant à nous, les filles, nous nourrissions chacune un sentiment flamboyant pour l’un ou l’autre des militaires. Nos fiancés, hélas, n’étaient pas au courant, mais n’était-ce pas malgré tout un gage d’amour, quand ils partageaient avec nous leur ration de chocolat ?

 Nous en parlions entre nous, en employant le pronom possessif : le mien a mangé avec nous hier soir, le mien va partir en permission…Malgré la concurrence, car des vieilles de 20 ans le courtisaient, mon choix s’était porté sur Juschtins Vinot. Il était timide, il avait de l’acné et il venait d’Epinal.

          Lorsqu’à la débâcle, les Hunnertzwanzichre nous ont quittés avec armes et bagages, nos cœurs se sont brisés : sans eux, le village soudain, semblait désespérément vide et morne, et nous errions, déboussolés, dans la rue trop large, où il n’y avait plus rien à faire, ni à voir.

          Puis le mot a couru : « se kumme ! », par un beau matin de juin. Notre bande était installée sur Fiersteins Stej, quand les premiers chars, venus par la forêt, ont traversé le village. Debout sur les véhicules, l’œil aux aguets, la mitraillette au poing, les conquérants casqués ne rigolaient pas, même pas quand Etweins Harele a lancé comme une blague le premier Heil Hitler !

          Les suivants étaient moins crispés. Ils se sont arrêtés, pour boire et sonder les cœurs :

-Na, Muttchen, freut Ihr Euch ? Jetzt seid Ihr unser.

-Ja, a dit Fiersteins Anna, vom Nawel bis zum Brunser !

Le changement s’est operé peu à peu. « Raus mit dem welschen Plunder ! » clamaient les affiches, pour nous inciter au nettoyage.

L’école s’est purgée de ses manuels de langue française, les épiceries ont décollé leurs panneaux Ovomaltine, pour mettre à la place Ata, Imi, Henko, et plus tard Kohlenklau, les fumeurs ont renoncé au tabac gris et aux High Life (prononcé Hischliff), Roger est devenu Rüdiger, et Germaine a écopé d’un Germania, aménagé par la suite en Hermine.

                 

 Lilly Lichty

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

       

 

 

 

 

 

 

      

 

        

Par lichty lilly - Publié dans : HISTOIRE LOCALE
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Samedi 22 novembre 2008 6 22 /11 /Nov /2008 14:22

     Près du moulin de Wolfskirchen, approximativement à l’emplacement de la villa Schlumberger, se dressait jusqu’au début de notre siècle, une grande bâtisse, auberge et relais, où faisaient étape les voituriers, marchands ambulants, messagers et voyageurs de passage.

       La chaussée qu’ils empruntaient, ainsi que le pont de la Sarre à proximité, datent du début du 18è siècle. Auparavant, la seule route qui reliait Fénétrange à Bouquenom (Sarre-Union) passait sur la rive gauche de la Sarre (Reckersberg, Schafsteig).

       Jusqu’à la Révolution, l’auberge du « Berg » faisait fonction en outre de poste de péage, où était prélevé le « Land-Wasser-und Judenzoll », que mentionne en 1785 le relevé des dettes de Jacob Bernhard, « Zoller im Zollhaus zu Diedendorf ».

       Ces taxes étaient infligées aux grumes des trains de flottage, qui descendaient le cours de la rivière, ainsi qu’aux juifs et aux marchandises en transit entre le Comté de Sarrewerden et la seigneurie de Fénétrange.

       Mentionné incidemment dans les minutes notariées, c’est un certain Satorius qui vend (date non-indiquée) la grande maison « am Berg » à Peter Endres (1730-1767) de Diedendorf, pour la somme de 1.135 florins. Avec ses dépendances et son jardin, la propriété couvre une superficie de près de 40 ares.

       Les parents de Peter Endres sont établis à Diedendorf, dans une maison double (N°84-86), que le Landmeier Jost Schlosser de Wolfskirchen y a fait construire dans les années 1730 pour sa fille Margarethe. Originaire de Waldmohr, le boucher Peter Endres senior y tient auberge. La famille est une des plus aisées du village.

       Boucher  et négociant comme son père, ayant de surcroît étudié la langue française, Peter Endres jun. Fréquente les milieux commerçants de la plaine d’Alsace, où il trouve des associés et une épouse, Salomé Rothenbach (1728-1772), fille de l’aubergiste « au Tilleul » de Wasselonne. Elle lui donnera 4 enfants dont deux meurent en bas âge.

        Le couple s’installe au « Berg » : mobilier cossu, grandes armoires de noyer à ferrures de laiton, fauteuils de peluche, vaisselle d’étain, comptoir à pieds de biche dans la salle d’auberge dont les murs sont décorés de lithographies. Chacune des 6 chambres d’hôte est pourvue de confort moderne : lits-tombeaux à rideaux, chaises percées et pots de chambre en faïence.

       Le petit peuple de Diedendofr est impressionné par tant de luxe, et les langues vont bon train. Les jeunes filles n’en finissent pas de commenter les toilettes de Salomé, la bizarre « Elsässerkappe », ses bonnets ornés de dentelles d’or et d’argent, et puis les coiffes dernier cri qu’elle arbore pour venir à l’église : comme leur forme rappelle un estomac de porc, on les appelle « Saumagen ».

       Bref, le spectacle qu’elle offre au bras de son « Handelsmann » en bas de soie et redingote gris tourterelle, pour nos aïeules, c’est « Dallas ».

       Mais la perruque du négociant coiffe une tête brûlée. Au nom de son associé  et beau-frère Georg Rothenbach, il lui arrive d’aller encaisser outre –Rhin, même sans mandat, des sommes qu’il subtilise et qui alourdissent son passif : à son décès, il laisse à sa veuve 5000fl. de dettes. Sur quoi le tuteur des orphelins renonce pour ses pupilles à l’héritage paternel : « Sie legen den Schlüssel aufs Grab » est dans ce cas la formule consacrée, tirée du droit coutumier lorrain.

      Lors de la vente aux enchères, la maison et le mobilier sont récupérés par Lorenz Rothenbach, le père de la veuve, créancier de près de la moitié des dettes de son gendre.

        Salomé reste donc propriétaire du « Zollhaus ». En 1770, elle se remarie avec le marchand de bestiaux Jacob Bernhard (1725-1785) de Wangen, vulgo « Saujockel », auquel elle fait don de la maison par contrat de mariage, sous condition qu’il élève honnêtement ses deux beaux- fils et qu’il leur verse 800fl.au cas où elle mourrait la première.

          Ce qu’elle fait deux ans plus tard, sans avoir donné d’enfants à Saujockel. La servante Amayel Wendling de Wasselonne lui fait sa dernière toilette, la revêt de sa jupe de taffetas et de sa camisole de « droguet de foie » et se prépare à la remplacer.

          Pour le notaire Haun, régler la succession est un casse-tête. Avec le concours du maire, de l’échevin et de la parenté de Wasselonne, la journée passe à démêler à qui appartient quoi, afin de ne pas léser les orphelins, Peter et Michael Endres, 14 et 12 ans dont le beau-père gardera la charge.

          Au bout de deux ans de deuil, Saujockel épouse Amayel qui meurt en couches avec le bébé en 1776, à l’âge de 32 ans.

          Pour l’anecdote, signalons que lors du règlement de la succession de J.Bernhard, Catherine Wendling, servante à Sarrebrück s’informe des dispositions testamentaires de sa cousine Amayel, qui lui avait promis de la faire figurer parmi ses légataires. La lettre adressée en 1785 au notaire Haun, est rédigée par « Euer hochedelgeb…gehorsamster Diener Stengel » probablement  le « Baumeister », chez le père duquel Catherine est en service.

          Pétition tardive, sans grande chance d’aboutir ; car en 1780, les effets personnels d’Amayel sont passés aux mains de la 3ème épouse de Saujockel, Magdalena Hammel de Wasselonne, qui enfin lui donnera un fils, Jacob Bernhard jun. né deux mois après les noces.

          A la mort du père, l’enfant a six ans. Nommé et assermenté par l’administration, le tuteur de Hans Adam Schneider doit veiller aux intérêts de son pupille qui hérite seul de la maison dont la veuve garde l’usufruit.

          Parmi les dettes du défunt figurent 161fl. du « Land-Wasser-und Judenzoll »   déjà mentionné, que Magdalena s’engage à remettre au receveur Rebenack.

         Pour la seconder dans la gérance de l’auberge et du péage, elle épouse en 1787 un membre de la corporation, Friederich Jäck de Harskirchen, jusque là Zoller à Neusaarwerden.

         Mais la maison du Berg n’accorde que de brefs moments de bonheurs conjugaux : deux ans plus tard, exit Magdalena Hammel.

         Aussitôt l’échevin, dont le rôle est d’informer une administration suspicieuse, voire policière, fait parvenir un message à Haun, qui arrive de Harskirchen le lendemain des obsèques, afin d’apposer les scellés. Le tuteur est chargé de veiller au grain, « das nichts abhanden komme », car il s’avère que Jäck est au bord de la faillite et qu’il faut l’empêcher d’escamoter les objets de valeur. C’est pourquoi Haun l’a pris de vitesse, son rapport est explicite à ce sujet : « …weilen der Wittwer mit der Inventur überfallen worden, so dass er keine Zeit hatte, sich mit seinem Schuldern zu berechnen…. »

           En attendant la vente aux enchères, un locataire est installé à l’auberge en la personne du Zoller Johannes Müller de Hangwiller. Il sera le dernier douanier en fonction à Diedendorf.

          C’est Michel Endres, seul survivant des fils de Peter, qui acquiert la propriété le 8 octobre 1792 pour la somme de 1.100fl.

          Un mois plus tard, elle est revendue pour 2.005fl. au lieutenant Bourguignon de Fénétrange, pour passer ensuite aux mains du meunier Hans Adam Schneider.

          Avec le rattachement, en 1792, du comté de Sarrewerden à la France, la frontière est gommée, le poste de péage supprimé.

          On ignore ce qu’il est advenu de Michel Endres, dont l’acte de décès ne figure pas dans nos registres. Sa veuve, Marguerite Quirin de Pisdorf (1763-1838), finira ses jours à Diedendorf, dans la maison N°80 chez son gendre Chrétien Tritz, ancien officier de Napoléon et maire du village.

         De même se perd la trace du fils de Michel, Peter Endres, né en 1790. Sans doute est-ce lui, l’ancêtre des bretons du nom d’Andres, qui, il y a fort longtemps, sont passés un jour à Diedendorf, à la recherche de leurs racines, disaient-ils. Mais, comme personne à l’époque n’a pu les renseigner, ils sont repartis bredouilles.

        

 

       Le 19è siècle voit naître et mourir plusieurs tentatives d’ « industrialisation » à Diedendorf.

       Depuis 1822, le château appartient au propriétaire de Bonne-Fontaine, Christophe Merian-Hoffmann, qui, en 1826, adresse à la Préfecture une pétition pour l’établissement d’une fabrique de verre à un four à Diedendorf. Emplacement prévu : à gauche de l’entrée du château, à environ 60-70m des habitations.

       Ce projet n’emballe pas le conseil municipal, qui dans le registre des délibérations exprime ses réticences : « les eaux de Diedendorf sont rares en cas d’incendie….M. Mérian a assez de débit de son bois de chauffage dont la corde se vend à 24f…. » 

         La verrerie est donc remplacée par une fabrique, dont la production n’est pas spécifiée, et qui fonctionnera pendant une période indéterminée dans l’enceinte du château. Elle nécessite la présence d’un spécialiste : en 1844, le chimiste Antoine Gustave Letailleur Delaunay fait enregistrer la naissance et le décès de sa fille Adelaïde Claire à Diedendorf.

 

 

        Plus tard, une fabrique est établie dans les dépendances de l’auberge du « Berg » : échue en héritage à Salomé Schneider, la fille du meunier, celle-ci vend la maison en 1854, pour aller s’établir au moulin de Bischtroff avec son jeune mari Philippe Jacques Fichter.

        L’acquéreur est le marchand de vins et aubergiste Christophe Gressel. C’est lui qui établira dans les dépendances de l’auberge une manufacture d’allumettes chimiques. Y sont employés en 1858 une trentaine de personnes   dont environ 20 enfants de moins de 16 ans.

        Un rapport d’inspection de la même année spécifie : « le plus fort est de trouver quelques enfants de moins de 6 ans, même une fille de moins de 6 ans, lesquels passaient, selon leur déclaration, leur temps de 6h du matin à 7h du soir à la fabrique comme les adultes. D’après le maire et l’instituteur, ces enfants avaient  été envoyés pendant quelque temps à l’école, juste le temps d’obtenir les certificats de fréquentation exigés ».

       Par une loi de 1841, le roi Louis-Philippe avait cherché à réduire les abus les plus graves en ce domaine : « ….les enfants de 8 à 12 ans ne pourront être employés au travail effectif plus de 12 heures…divisées par des repos…,de 5h du matin à 9h du soir, et nul enfant de moins de 12 ans ne pourra être admis, que si les parents justifient qu’il fréquente l’école…En cas de contravention à la présente loi, les exploitants des établissements seront punis d’une amende qui ne pourra excéder 15F. »

        La loi cependant est rarement respectée, car elle se heurte à la coutume et à la résistance des familles miséreuses, qui, pour survivre, ont besoin du salaire des petits ouvriers.

         A la suite de l’inspection, le fabricant Gressel est condamné à une amende de 4f, à quoi il objecte « qu’il croyait faire une bonne œuvre en admettant ces enfants dans sa fabrique au lieu de les laisser mendier. »

         Pour tenter d’illustrer cette misère, dont nous n’avons plus idée, prenons le cas d’une des familles nécessiteuses du village :

         A l’emplacement de la forge d’ Henri Heckel, dit « Schwarzonkel », il existait autrefois une petite maison, très ancienne, à simple rez-de-chaussée, qui, depuis la fin du 18è siècle, appartenait à la famille Hoch.

        Au décès du tisserand Johann Georg Hoch (1795-1831), sa veuve se retrouve démunie, sans sécurité sociale, ni pension reversible, avec 6 filles, âgées respectivement de 15, 13, 11, 7, 4 et 2 ans. Il faudra nourrir toutes ces bouches avec le lait de la chèvre, le produit de quelques lopins de terre, et le dur travail à la journée chez les gros paysans.

        Elisabeth, l’avant-dernière des 6, quitte ce monde de privations dès l’âge de 13 ans ; car le médecin coûte cher, et les pauvres n’ont d’autre moyen de défense que de développer, face au destin, leur soumission à la volonté de dieu.

       Après avoir partagé avec sa mère la responsabilité de chef de famille, l’aîné des filles mourra célibataire à l’âge de 40 ans. Lorsque la seconde, Henriette, se marie avec Nickel Sissung de Schalbach, employé chez un maréchal ferrant du village, la famille entrevoit des temps meilleurs : enfin un homme dans la maison, le pire est sans doute passé.

       Mais au bout de trois ans, Nickel à son tour quitte cette vallée des larmes, laissant en gage une orpheline au berceau, à laquelle sa mère, trop jeune encore pour renoncer tout à fait aux maigres plaisirs de l’existence, donne une demi-sœur en 1852.

       C’est probablement de cette enfant naturelle, Catherine Hoch, qu’il est question dans le rapport d’inspection sur la fabrique Gressel : « une fille de moins de 6 ans… »

        Elle n’est pas la seule de la famille à se rendre tous les jours au « Gressels Berg » : la maisonnée compte maintenant 6 orphelins, âgés de 5 à 14 ans.

        L’un d’eux, Georges Hoch, fils naturel de Charlotte, né en 1851 est orphelin de père et de mère, si bien que la commune finira par le prendre en charge : il sera envoyé à l’école, puis en apprentissage dans une pharmacie à Strasbourg.

       Par gratitude, il lèguera à la commune les quelques ares de son héritage, avec prière d’en employer les revenus pour l’acquisition de fournitures scolaires aux enfants nécessiteux du village.

 

 

      On ignore jusqu’à quelle date Gressel a poursuivi son expérience de fabricant. Le 8 mars 1869, pour le prix de 10.000f, il vend la propriété du Berg à Jean Trautmann (1828-1901) de Helleringen, dont l’épouse, Caroline Frantz, est de Diedendorf. Désormais l’annexe sera appelée « Trautmann’s Berg ».

      Trois enfants de ce couple se marient à Wolfskirchen, le fils Henri va rejoindre ses cousins Trautmann de Helleringen aux Etats-Unis, et la fille Lenel (1864-1941) fonde un foyer à Diedendorf avec Henri Graff, dont elle aura 14 enfants.

      En 1895, Jean Trautmann vendra son auberge du « Berg » à Ernest Schlumberger, propriétaire du moulin.

 

                                                   

                                                                              Lichty Lilly

 

 

 

     

 

 

 

 

  

 

 

 

Par lichty lilly
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 18:28

 

A la fin du 17è siècle, l’Algérie, la Tunisie et la Libye font partie de l’Empire ottoman, tandis qu’au Maroc, la famille des Alaouites tient le pouvoir.

Depuis longtemps le Maghreb se fournit en esclaves par des raids en Afrique noire, ou par l’acquisition d’esclaves d’origine européenne, que les Vénitiens raflent sur la côte de l’Adriatique pour les vendre aux Infidèles.

Mais c’est surtout la piraterie, élevée au rang d’industrie nationale, qui alimente les marchés aux esclaves dans les ports d’Afrique du Nord. Embusqués dans les criques des côtes escarpées, les galères des pirates barbaresques guettent le passage des navires, qu’ils arraisonnent par surprise pour s’emparer de la cargaison, des passagers et de l’équipage.

 

Les prisonniers sont menacés de sévices barbares. Ainsi la mutilation de la langue, arrachée ou coupée, est-elle fréquente, d’autant plus qu’elle n’entravera pas la capacité de travail de la victime.

Parmi les captifs, les plus robustes trouveront facilement preneur sur les marchés. Quant aux plus faibles, pris avec des membres de leur famille, ou faisant partie d’un groupe soudé, ils sont ramenés sur la côte européenne, où ils entreprennent l’interminable et misérable périple des collecteurs de rançon.

Les jeunes et jolies femmes, morceaux de choix du butin, finissent souvent dans quelque harem. Tel fut le sort d’une lointaine cousine et amie de pension de Joséphine de Beauharnais. Au cours du voyage qui devait la mener de Martinique en France, la jeune Créole, Aimée du Buc de Riverny, fut capturée par des corsaires turcs. Vendue comme esclave au vieux dey d’Alger, elle sera offerte au sultan de l’empire ottoman, Selim III, dont elle deviendra la favorite et auquel elle donnera un fils et successeur, Mahmud II (1784-1839), qui ouvrira la Turquie à l’influence européenne (« Joséphine », d’André Castellot).

En résumé, la piraterie musulmane constitue non seulement un handicap sévère pour le commerce en Méditerranée et un danger pour les biens et les personnes, mais discrédite de surcroît les états européens, dont la politique est pour le moins ambigüe.

En effet, les expéditions punitives sous Colbert, qui fait bombarder les repaires des forbans, alternent avec la philosophie du laisser-faire, les traités d’amitié avec l’Empire Ottoman, voire les pactes conclus avec les Barbaresques eux-mêmes, pour que, grassement payés, ils aillent entraver le commerce des nations rivales. En outre, une fructueuse contrebande d’armes est pratiquée par les Anglo-hollandais, au mépris des interdits moraux qui frappent la vente de matériel de guerre aux musulmans ; ou encore des ports comme Marseille, Ancône, Venise, qui acceptent à leurs quais des bateaux pirates.

Parallèlement, les états, ces champions de l’hypocrisie, se donnent bonne conscience en soutenant les missions religieuses qui s’emploient sur place aux transactions pour le rachat des captifs.

Lorsqu’au cours du 18è siècle le déclin de l’Empire Ottoman s’amorce et que, grâce à son expansion, le commerce maritime se dote de flottes redoutables, la piraterie barbaresque glisse un peu dans la marginalité. Néanmoins, le fléau ne sera totalement éradiqué qu’après la conquête de l’Algérie par la France en 1830.

 

Avant de présenter le défilé des collecteurs de rançon, qui, de 1710 à 1716, viennent frapper à la porte du pasteur Herrenschmidt à Neusaarwerden, citons encore pour l’anecdote, deux personnages victimes des barbaresques, l’un illustre, l’autre humble.

 

Miguel de Cervantès (1547-1616) l’auteur de « Don Quichotte de la Manche », fut mêlé de près à l’univers exotique que nous évoquons.

En 1571 il participe à la fameuse bataille de Lepante (nom ancien de la ville grecque de Naupacte, à l’entrée du Golfe de Corinthe), où Don Juan d’Autriche, qui dirige l’armada d’Espagne, remporte sur la flotte turque une victoire décisive.

Pour Cervantès, alors âgé de 24 ans, le tribut est lourd, car dans la bataille il perd un bras. Toutefois il ne renoncera  pas pour autant aux périlleuses courses en mer.

C’est ainsi qu’en 1575, en compagnie de son frère, il est capturé par les barbaresques. Comme la famille n’est pas assez fortunée pour payer d’un coup une double rançon, le frère est libéré le premier, tandis que la captivité du poète manchot se prolongera jusqu’en 1580, une aventure qui ne lui a pas fait perdre l’humour caustique qui grince dans ses romans.

 

Au siècle suivant, Abraham Leblanc, drapier de Bischwiller (et probablement fils du tisserand de laine Abraham Leblanc de Burbach) fera à son tour l’expérience de l’esclavage au Maghreb. On connaît les étapes de son parcours grâce à une note du 18.12.1685, relevée dans les registres de la communauté des calvinistes français à Francfort/Main. Ces registres consignent les passages des « religionnaires »en quête d’une terre d’asile, auxquels un viatique est accordé.

De cette note il ressort que le drapier s’est engagé dans quelque troupe mercenaire pour aller « servir en Candie » (ancien nom de l’île de Crète). Là il est « pris par les Turcs et mit à l’esclavage à Tripoli, où il a fallu rester 15 ans et 8 mois dans ce pauvre état,  jusqu’à ce que le comte de Trouy, vice-amiral des français, a bombardé Tripoli et libéré les esclaves. »

Est-il possible de déterminer le fait de guerre au cours duquel Leblanc fut capturé ?

Il se trouve qu’en 1669 l’île de Crête, aux mains de la république de Venise, fut prise par les Turcs ; d’où l’hypothèse que Leblanc combattit en Crête au service des Vénitiens.

Débarqué en France près de 16 ans plus tard, Abraham se voit aussitôt confronté à une nouvelle épreuve : en cette année 1685, les représailles à l’encontre des « parpaillots (huguenots) » se multiplient, car en octobre Louis XIV révoque l’édit de Nantes, par lequel son grand’père Henri IV avait accordé la liberté de culte aux protestants en 1598.

C’est pourquoi le huguenot de Bischwiller, qui des années durant a rêvé de liberté, ne s’attardera guère dans son ancienne patrie. La note de Francfort précise que « présentement il s’est sauvé à cause de la persécution, reçoit secours le 18 décembre. Il déclare se rendre en Brandebourg. N’a que la main gauche ». (bulletins n°118 et 120 du Cercle Généalogique d’Alsace).

 

 

Les collecteurs de Rançon

 

L’obole accordée à Abraham Leblanc par la paroisse calviniste de Francfort nous ramène aux aumônes, que le pasteur Herrenschmidt distribue aux nécessiteux de passage à Neusaarwerden.

Voici regroupées les victimes des barbaresques, que leur quête a menées jusqu’au presbytère de la Ville-Neuve, et dont le pasteur a consigné le passage dans son « Allmosenbüchlein ».

 

-Le 2.2.1710 : accordé à deux collecteurs pour le rachat de prisonniers du Turc, 2 schilling (ou sol).

-Le 25.3.1711 : à un florentin nommé Baptista Florino, dont le père et le frère sont prisonniers à Alger, 6 pfennig (ou centime).

-Le 18.6.1711 : à deux sujets de malte, chargés de collecter la rançon pour 2 de leurs consorts captifs à Alger, 1 schilling 3 pfennig. Ils s’appelaient Campegno et Alvaredo NB : ces noms sont consignés dans ce registre, du fait que parmi ces gens des cas d’escroquerie ont été signalés.

-Le 3.11.1712 : à deux misérables mendiants tombés aux mains des corsaires turcs, 2 schilling 3 pfennig. Ces gens avaient des attestations des paters Dominico et Cotton de Livorno.

-Le 3.1.1713 : à 2 esclaves du pays de Gênes, 1 schilling, 4 pfennig.

-Le 6.2.1713 : à deux hommes de l’île de Corse, sous souveraineté génoise, qui se nommaient Ruffino, et dont les consorts sont prisonniers des turcs à Tétouan (Maroc), 1 schilling et 8 pfennig.

-Le 21.2.1713 : à 2 sujets génois, faits prisonniers par les corsaires turcs, 1 schilling , 4 pfennig. L’un se nommait Fresco, l’autre Pigrino.

-A la Saint-Martin 1713 : à Johann Quaston, natif de Livorno, dont les frères et enfants sont esclaves des Turcs à Tunis, 2 schilling ,8 pfennig.

-Le 17.11.1713 : à des Siciliens capturés par les écumeurs de mer algérois, 3 schilling, 6 pfennig. Le premier se nommait Dominicq Trepano, le second Francisco Jundaro, le troisième Joseph Solanto. L’un n’avait plus de langue. Les Chrétiens devraient avoir honte de permettre cette barbarie.

-Le2.3.1714 : à trois hommes de la marche d’Ancona, tenus de payer une rançon à Guleta (avant -port fortifié de Tunis), 2s 9p. L’aîné s’appelait Bartholomay Bontanto.

-Le 2.3.1714 : à deux hommes de Zointe (Zante), île vénitienne, qui doivent rançon aux pirates de Tunis, 2s 6p. Ces gens étaient accompagnés d’un adolescent sans langue. Si au lieu de se ruiner mutuellement les Chrétiens unissaient leurs forces, l’arrogance des Turcs seraient bientôt écrasée.

-Le 20.4.1714 : à deux pauvres gens, dont les consorts sont en captivité en Tétouan, 6p. Par ces temps de misère, il leur sera extrêmement difficile de rassembler l’argent de la rançon.

-Le 18.5.1715 : à un Napolitain nommé Blondello, que les corsaires tunisiens ont capturé, 6p.

-Le 17.6.1715 : à deux hommes capturés par les Turcs, 1s.

-Le 21.6.1715 : à différents esclaves, 9p.

-Le 14.11.1715 : à divers Siciliens, pris par les corsaires de Tripoli, 1s.

-Le 11.12.1715 : à un prisonnier des Turcs, 8p.

-Le 3.1.1716 : à un Florentin nommé Bonnefanu, 1s. 6p.

-Le 10.2.1716 : à des esclaves turcs, natifs de Sicile, 8p.

-Le 15.2.1716 : à une femme d’Offenhaussen, dont le mari, un barbier, a été pris par les Turcs, et qui a réussi à s’échapper, 1s.

-Le 3.3.1716 : à une Turque, capturée à Belgrade et convertie au christianisme depuis des années, qui à présent erre dans la misère, 1s. 6p.

-Le 16.4.1716 : à deux marins de Naples pris par les Tunisiens, 9p.

-Le 21.4.1716 : à des prisonniers chrétiens en quête de leur rançon, 6p. Je les pourvoierai aussi de ma propre poche.

-Le 27.5.1716 : à de pauvres esclaves chrétiens, dont deux sans langue, 2s.

-Le 30.6.1716 : à des Siciliens captifs des Turcs, 9p.

-le 10.12.1716 : à trois prisonniers des turcs, 1s. 3p. 

 

Comme on le constate, les aumônes restent très modestes (1 shilling= 1/10 de florin, 1 pfennig=1/12 de schilling).

C’est que le défilé des miséreux ne s’interrompt jamais et que le pasteur cherche à répartir aussi équitablement que possible le pécule dont il dispose.

Ce pécule et alimenté surtout par la quête, qui suit le culte du dimanche; mais les pièces qui tombent dans le « Klingelbeutel », et que le maître d’école fait passer dans les rangées des fidèles, sont de faible valeur, parfois même fausses, si bien que Herreschmidt dénonce à plusieurs reprises, la pingrerie de ses paroissiens.

Il faut ajouter cependant, que les temps sont durs pour tout le monde, que l’argent est rare dans la plupart des ménages, et que le destin tragique des « esclaves » et autres misérables se trouve banalisé par la misère universelle.

 

 

 

                                                                 Lilly Lichty

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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 18:16

                            SOUVENIRS

 

 

 

        Jour d’arrière –saison, juste avant la rentrée scolaire d’octobre 1950. J’ai reçu ma nomination au poste d’institutrice du Neuweyerhof avec un soulagement mêlé d’allégresse : ne pas être exilée encore à l’autre bout du département, pouvoir rester chez moi ! Une pierre m’en est tombée du cœur, comme on dit chez nous ; car je suis enracinée dans mon terroir, et le Neuweyerhof est relié à mon village natal par le cordon ombilical des chemins de Bonne- Fontaine.

         Pour un premier contact, je m’y rends à vélo, par le raccourci du « Kohllacherbrunne ». Adolf Krämer, un ami de mon père, me conduit chez madame Lieb, dépositaire de la clé de l’école. Apparemment je suis une agréable surprise pour cette mère de trois de mes futurs élèves : on craignait la suppression du poste m’apprend-t-elle, car les familles du hameau et de Bonne –Fontaine ne totalisent plus que 8 enfants d’âge scolaire. En outre, on redoutait la déconvenue d’un éventuel postulant, lorsqu’il découvrirait ce bout du monde sans électricité ni eau courante.

        Mais, puisque je suis du coin, Madame Lieb doit se dire, comme naguère les parents d’élèves à l’arrivée de Melle Siegfried : « die blie(b)t… »

        C’est bien mon intention. Sans poteaux télégraphiques, ni panneaux publicitaires, le hameau avec ses 5 maisons qui encadrent la place de la fontaine, me fait l’effet d’un petit paradis. L’école, un peu en retrait, est posée comme un jouet au milieu des prés. Avec son mobilier d’un autre temps, -une table, un meuble de rangement amputé d’une porte, deux tableaux plus gris que noirs, trois bancs à quatre places, tout couturés de cicatrices- la petite salle sent « l’encre, le bois,  la craie, et ces merveilleuses poussières, amassées par tout un été », et sur le rebord des fenêtres qui donnent sur la forêt et sur le canal, le soleil a momifié les mouches mortes des grandes vacances.

         Je passerai là, dans ce que nos cousins germains appellent « eine heile Welt », les deux années les plus paisibles de ma carrière. A l’image de leur univers encore intact, les enfants du « Hoft » sont d’une extrême gentillesse et leur candeur ma fait oublier la guerilla que m’ont livré l’an précédent les petites orphelines du Neuhof, pour m’inviter aux joies du métier.

         Les souvenirs, que j’ai gardés de cette époque, n’engagent évidemment que moi, et, s’ils me lisent, mes anciens élèves s’étonneront peut-être de leur côté idyllique ; je pense à Catherine notamment, qui ne sortait de sa réserve que pour me commenter ses dessins, ou à Suzanne, dont les grands yeux bleus s’emplissaient de larmes quand je m’emportais à cause du passage des dizaines ou des accords du participe passé. Car, parmi les facettes multiples d’une même réalité, la mémoire des uns et des autres opère des sélections souvent fort divergentes…

          Sur le plan pédagogique, l’effectif réduit de la classe unique offrait un avantage énorme : par la force des choses, le cours consistait en une suite de leçons particulières, dont la progression était dictée par le rythme d’assimilation de l’élève. En outre, les petits y bénéficiaient de l’accès au buffet des grands, où ils pouvaient se servir selon leur appétit.

         Ce système entraînait de surcroît un gain de temps considérable, qu’à la belle saison nous dépensions en séances de lecture sous le pommier, en jeux de piste et en flâneries à travers le domaine.

         Images fortes de rondes dans l’herbe, de chants mimés, de cueillettes : rassemblés, nos bouquets de muguets atteignaient la dimension d’une roue de charrette ; les pieds de mouton du côté de la « schlosschneiss » remplissaient des « paniers de grange », et les filles suggérèrent de les revendre aux familles, pour l’embellissement de la salle de classe : une nappe pour la table, un rideau pour le placard.

          J’évoquerai aussi ma découverte du « Schwendihof » par un beau jour de printemps. Nous étions partis en exploration, et comme je m’enquérais du but de la promenade, Petit Bernard, surnommé l’Ecureuil, me répondit que c’était une surprise. Entre les arbres, le chemin grimpait vers une trouée bleue pour déboucher au sommet de la côte dans une clairière. Devant le tableau qu’elle offrait, je poussai le « Oh ! » de ravissement que guettaient mes guides : devant nous, une allée bordée de jeunes pommiers en fleur, descendait vers la ruine de l’ancienne métairie ; à notre approche, un hibou s’envola du grenier, et dans le jardin à l’abandon fleurissaient parmi les ronces quelques touffes de  narcisses et un buisson de lilas.

           Nous nous sommes installés dans l’herbe et sur le couvercle du puits ; le décor convenait à merveille au conte de fées promis en échange de la surprise ; puis les garçons allèrent fureter parmi les gravats des chambres tandis que les filles composaient un bouquet pour l’école.

          Après la classe, toujours à vélo, je rejoignais Harskirchen, le domicile conjugal, qui, la seconde année fut transféré au « Hoft », en attendant mon congé de maternité.

          Le minuscule logement de service - à l’époque l’étage n’était pas habitable et ne servait qu’à sécher les plantes médicinales de nos cueillettes- me convenait parfaitement. J’avais mes porteuses d’eau attitrées, Monique et Georgette, qui se proposaient même pour l’épluchage des légumes, tandis que les garçons me rentraient le bois à la récréation. Quelquefois aussi, à la veillée, les enfants du hameau, un peu intimidés par ces rencontres en privé, venaient jouer à « ne te fâche pas » sous ma lampe à pétrole.

          Charmes de la vie simple. Les matins d’hiver, en allumant le feu, j’écoutais avec plaisir le crépitement des brindilles de sapin qui sentaient bon la résine, et le contraste entre le froid montant des dalles de grès de la cuisine et la chaleur du feu me semblait délicieux. Par la fenêtre je voyais se lever le soleil qui flottait à ras des cimes, au-delà du canal, où la glace de temps à autre, emprisonnait quelque péniche. Ainsi, un nouvel élève nous arriva un jour, enfant de mariniers auquel Fredl et Walter cédèrent une place sur le banc du fond. C’était un gamin pâle et taciturne, qui resta peu de temps, sans se lier avec personne, et dont j’ai oublié le nom. Sa présence parmi nous évoquait l’école du « Grand Meaulnes » et les singuliers nomades, qu’il lui arrivait d’accueillir.

          Bref, à l’écart du Progrès, qui s’était mis à transformer et à défigurer le monde, le petit hameau restait fidèle au mode de vie d’une époque révolue. C’était un sursis qui me touchait et que je suis heureuse d’avoir vécu.

 

 

Lilly Lichty

 

        

 

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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 18:05

 MAISON LIEB, DITE BONNE’S

 

 

              Les Lieb sont des descendants Schindler : leur aïeule Catherine Schindler est la sœur de Sophie, qui hérite le « château ». En 1840, elle épouse le garde-forestier Charles Auguste Elsass né à Bouxwiller, dont le père déjà était « garde- forestier de M.Mérian », et dont le frère, forestier à Wolfskirchen, y perpétuera le nom. Leur sœur Sophie Elsass a des descendants à Diedendorf.

             Les Elsass sont une famille de forestiers du pays de Hanau-Lichtenberg, où ils sont implantés dans bon nombre de localités.

             La fille de Charles Auguste Elsass, Caroline, épouse le charron Auguste Bonne, né en 1854 à Lichtenberg, fils de forestier lui aussi . Peut-être est-ce ce couple qui acquiert la maison.

             Leur fille, Emma Bonne (1883-1968) épouse Jules Lieb de Wieberswiller. Ils sont les grands-parents de Fredl, Monique et Suzanne Lieb.

 

 

                       MAISON SOMMER

 

 

           L’ancien « Erbbeständer » de cette ferme était apparemment Johannes Zahler (1719-1781), natif de St Stephan, canton de Berne.

           Son arrière-petite-fille Catherine Zahler épouse en 1847 Joseph Sommer (1828-1902), dont le père, de même nom, est économe à Bonne-Fontaine.

           Signalons en passant qu’un  premier Joseph Sommer apparaît dans les registres paroissiaux de Bischtroff où il est « Erbbestandsmüller », de confession mennonite. Il est probablement l’ancêtre des Sommer du Neuweyerhof et des villages alentour.

           Le Joseph du hameau a au moins 7 enfants. Trois de ses fils épousent trois des filles Leibundguth du « château ». L’une d’elles, Catherine, vient s’installer dans la maison de son mari, Jacob Sommer (1855-1947).

           Des 8 enfants de ce couple, c’est Louis (1887- ?) qui garde la maison. Il épousa en 1932 Ida Wendel de Peppenkum/ Sarre, que j’ai encore connue. Elle est restée l’étrangère qui se vengeait de cette exclusion en jouant des tours pendables aux voisins, et son personnage vaguement inquiétant ajoutait une sorte de piment à l’ambiance du «  Hoft » ; paix soit à sa mémoire !

          Son fils vendra la maison au général Arthur Schwartz de Diedendorf.

 

 

 

                                           MAISON KRÄMER

 

 

 

              Le premier Krämer, qui par son mariage avec Catherine Leibundguth s’implante au hameau est le cordonnier Hans Nickel Krämer (1818-1872) de Wieberswiller.

              Partant de là, on peut supposer que les occupants de la ferme furent les grands-parents de Catherine (Nickel Vautrin de Hinsingen qui épouse en 1779 Elisabeth Zahler), puis ses parents Catherine Vautrin (1780-1855) et Christian Leibundguth, également de Hinsingen.

              Le fils du cordonnier, Henri Krämer (1853-1930) épouse Christine Quirin de Domfessel, tandis que son frère Hans Nickel qui occupait peut-être un logement au « château », prend pour épouse Caroline Büllmann, une descendante Schindler.

              Adolf Krämer (1893-1973), le fils de Henri, me servait toujours du vin rouge auquel il ajoutait un peu de sucre, au temps où je faisais réchauffer chez lui ma gamelle d’institutrice.

 

 

 

                                      LE SCHWENDIHOF

 

 

               La forêt de Giesert ( anciennement « Geshart » ou forêt des chèvres) où se situe le Schwendihof, à moins d’un kilomètre du hameau, appartenait à Diane de Dommartin, marquise de Havré et baronne de Fénétrange, qui la vend en 1604 à Johann Philipp Betz, bailli des Salm, pour la somme de 600 frs lorrains.

               Ce n’est qu’ne 1730 qu’elle sera intégrée au domaine forestier du « Miederswald »

              Construite dans une clairière du Giesert, la ferme est nommée « Gieserterhof » dans les vieux registres. Comme au Neuweyerhof, le comte établit dans cette cense une famille de fermiers suisses, les Schwendemann ou Schwendimann, qui lui laisseront leur nom.

             Abraham Schwendemann (1709-1776) est natif de Niederstocken dans le canton de Berne. Il est dit « Melker » au Giesert. Sa femme et cousine Dorothée Schwendemann lui donne un fils : Johannes Schwendemann (1740-1805) il est « Erbbeständer » au Giesert. Trois mois après le décès de sa première épouse Barabara Haury, qui lui laisse 6 enfants, il se remarie avec Elisabeth Hügeli de Pfalzweyer. La raison essentielle de ces remariages hâtifs, très fréquents à l’époque, est le souci de rendre une mère aux orphelins en bas âge.

              A la troisième génération, Georges et Michel Schwendimann continuent d’exploiter la ferme, où ils élèvent leurs enfants (chacun en a six). Après leur décès, (1833, 1842), le Schwendihof, acquis par le domaine, servira de maison forestière dont les Braun seront les derniers habitants.
              Les Schwendimann de notre région descendent tous certainement des sept fils de Johannes.

 

 

 

                                     L’ECOLE

 

 

 

             On estime que le bâtiment date du milieu du 19è siècle. Avant sa construction, la classe se tenait probablement dans l’une des pièces du « grosse Hüss », pour laquelle les Schindler prélevaient un petit loyer.

             Le premier enseignant mentionné au Neuweyerhof est Abraham Noé (1756-1818) de Goerlingen. En 1779 il épouse une jeune fille du hameau, Barbara Zahler qui lui donne dix enfants.

             Les Noé sont une de dynasties de maîtres d’école en exercice dans les villages du comté. Formés « sur le tas » par leurs aînés, soumis à l’autorité du pasteur et rétribués sur les recettes de la fabrique d’église, ils enseignent la lecture, l’écriture, le catéchisme et quelques rudiments de calcul. A leurs gages, souvent fort maigres, s’ajoutent des prestations en nature, notamment l’usufruit de quelques arpents de terre. C’set sur ce terrain communal à l’usage de l’instituteur que sera construite l’école du Neuweyerhof : au temps de Melle Siegfried (1925-1933) les gens lui disaient que l’herbe du pré, qui servait de cour de récréation, lui revenait de droit. Cependant, elle s’est abstenu d’y prétendre, faute d’animaux domestiques autres que les souris.

             Un des successeurs de Noé est Georges Frédéric Magnus de Goersdorf (1814-1868) dont par hasard, j’ai trouvé l’acte de décès dans les registres de la mairie.

             L’école a fermé ses portes en 1956 ( ?) et aujourd’hui il n’y a plus d’enfants au hameau.

 

 

 

                                      LA SCIERIE

 

 

            La maison Neff, ex-maison forestière occupée à diverses époques par les gardes Kastendeuch, Rieger, Huber, Baltzer, est toujours appelée « Säjmiehl » par les anciens : c’était autrefois une scierie à vapeur, comme le confirme un document de 1837. (Il s’agit en l’occurrence d’un « plan de la situation du château » reproduit par l’Association d’Histoire de Sarre-Union dans son cahier de 1988, plan qui me laisse perplexe, car le château n’y figure pas).

            En 1840, le directeur de cette « scierie mécanique de Bonne-Fontaine » est Frédéric Louis Fallot, témoin au mariage du garde forestier Elsass.

            Quel rapport existe-t-il entre cette scierie et le « Säjmillerweyer » à deux kms de là ? Je laisse aux experts en mécanique le soin de répondre.

            A proximité de la Säjmiehl, le petit « Melkerhüs » servait de logis au marcaire. Dans les années 1920, elle était occupée par les Hauer, apparentés aux familles du Neuweyerhof.

 

 

 

                                     MAISON JUNG-BURR

 

 

              Ces deux bâtiments adjacents, plus modestes que les fermes, occupent au Neuweyerhof le 4è côté du carré dont le centre est la fontaine. L’un fut une auberge, et à ce propos je relève dans un extrait du cadastre la mention suivante : « Müller Georg, Wirt, Ehefrau Sophie, geb. Büllmann, in Neuweyerhof, 1.12.1919. Jetzt von Schlumberger ».

              Il semble donc que c’est après 1919 que la famille Schlumberger a acquis ces maisons pour y loger ses employés. Elles seront occupées par les familles Eck et  Charles Krau, plus tard par les Jung et les Burr.

 

 

 

                               LE CIMETIERE

 

 

             Situé en face, le petit « Begräbnisplatz » est un des derniers cimetières privés de France. C’est un lieu intime et paisible, que le goût de l’ostentation a épargné, et lorsque je m’y arrête, me revient en mémoire la boutade d’une amie qui me décrivait un petit cimetière d’Italie : « c’était si joli que j’ai eu envie d’être morte… »

             Dans un des angles du côté du canal, les Schlumberger ont élu leur dernier domicile : sous les colonnes brisées reposent deux fils d’Ernest, décédés en bas âge, et à côté leur frère Charles mort à 20 ans d’un chagrin d’amour. La stèle voisine porte les noms d’Ernest (1851-1926), le patriarche de Bonne-Fontaine, de son épouse Louise Caroline Trautmann, et de l’une de leurs petites -filles, première née de Jean Schlumberger du Moulin de Wolfskirchen. Les dernières tombes de l’enceinte entourée d’une grille basse sont celles d’Hubert (1909-1941) et de ses parents, Gaspard (1883-1948) et Herrade de Türckheim (1888-1974).

           Dans la partie supérieure du cimetière, la plupart des morts sont retournés à l’anonymat sous un tapis d’herbe, et sur les pierres, la mousse a effacé les inscriptions. Cependant la tombe d’Ulrich Schindler (1784-1852) et de son épouse Madeleine Balliet « 48 Jahre lebten beide in stiller Ehe auf dem Neuweyerhof » a résisté aux intempéries, ainsi que celle de Catherine Hirth (1785-1841), qui fut « dame de charge » au service des frères Koechlin, industriels de Mulhouse, auxquels Mérian vendit le domaine en 1836.

           Enfin, signalons la pierre tombale de Caroline Carl (1842-1908) de Diedendorf. C’est son mari, le garde-forestier Pierre Kastendeuch qui abattit en 1884 le dernier loup de Bonne-Fontaine, évènement commémoré par une pierre, qu’Ernest Schlumberger fit dresser sur la « Grenztranchée ».

 

 

 

           Cette étude n’est pas exhaustive, et comporte sans nul doute des erreurs et des lacunes, qu’on voudra bien me pardonner.

           En conclusion j’ajouterai à la mosaïque un dernier caillou, fait divers imaginé à partir d’un acte de naissance, tiré des registres de la mairie.

           De temps à autre, dans nos campagnes, le train-train quotidienne était rompu par le passage des nomades : saltimbanques, montreurs d’ours et de chèvres savantes, colporteurs, rémouleurs, réparateurs de pendules ou de parapluies…

           En ce jour de septembre 1851, un groupe de musiciens ambulants, installe son orgue de barbarie près de la fontaine au Neuweyerhof.

         Au son du tambour, la nouvelle se propage ; les gens accourent pour assister au spectacle et écouter les « Moritate », ces rengaines pleines de trahisons, de revenants, de suicides et de meurtres qui boulversent le public, et qui, aujourd’hui nous paraissent si délicieusement comiques : « Heinrich schlief bei seiner Neuvermählten, einer reichen Erbin von dem Rhein ; Schlangenbisse, die den Falschen quälten, liessen ihn nicht ruhig schlafen ein…Zwölf schlug ‘s da drang durch die Gardine eine kalte weisse Totenhand. Und wen sah er ? Seine Wilhelmine, die im Leichenhemde vor ihm stand… »

         Les enfants de la troupe font la quête et vendent les feuillets volants où sont imprimés les textes du répertoire. Soudain la jeune chanteuse s’interrompt, saisie de contractions. A la prière du mari, asile leur est accordé dans une grange où peu après, elle accouche de jumeaux, Charles et Caroline Winterstein.

         Quelques jours plus tard, les musiciens reprennent la route, attelés à leur charrette à bras, tandis que Marguerite transporte ses nourrissons, un devant, un derrière, dans une vieille taie de « Kelsch », offerte par Sophie Schindler et aménagée en berceau double, jeté sur l’épaule.

         Par le sentier  qui longe les étangs de la vallée, ( la route de Fénétrange ne sera construite qu’une trentaine d’années plus tard) le cortège s’éloigne pour rejoindre par étapes son « domicile » à Sarraltroff.

         Le calme est revenu au Neuweyerhof, et dans le silence on entend monter de l’étang la voix des lavandières : « Es schlief ein Graf bei seiner Magd bis an den hellen Morgen… »

 

 

 

                                                       Lilly Lichty

Par lichty lilly
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Vendredi 14 novembre 2008 5 14 /11 /Nov /2008 17:39

Si l’on fait abstraction de la petite paroisse médiévale de Codemburn (Gutenbrunnen), que mentionne un document de 1361, et que certains historiens situent dans les parages du Neuweyerhof, le hameau actuel n’a pas une histoire très ancienne.

              C’est en 1751 (date gravée dans le linteau de porte, qui fut conservé) que le comte Wilhelm Heinrich von Nassau Saarbrücken fait édifier en ce lieu une grande bâtisse, aujourd’hui disparue, relais de chasse et hôtel balnéaire, où, avec sa suite, il projette de venir « prendre les eaux » des sources minérales du domaine, notamment celles du « Kohllacherbrunne », qu’il fait capter dans un bassin.

              A proximité du « château » ou « Hüs », quelques censes seigneuriales seront exploitées par des fermiers, les « Erbbeständer » le même système de mise en valeur des terres se pratiquant également à Bonne -Fontaine: liés au comte par un contrat qui fixe leurs droits, devoirs et redevances, ces fermiers transmettent leur charge à leurs héritiers, ce qui leur garantit une situation stable.

             Le domaine dans son ensemble, avec ses fermes, ses étangs, son vaste massif forestier est propriété  allodiale des comtes depuis des temps immémoriaux.

             Les premiers « Erbbeständer » du Neuweyerhof  sont choisis parmi les immigrés suisses, réputés pour leur honnêteté et leur ardeur au travail. Une anecdote, que je tiens de l’actuel administrateur du complexe forestier, illustre cette renommée : pour renouveler la race bovine du domaine de Bonne - Fontaine, le régisseur charge de mission un de ces marcaires, natif du Canton de Berne : se rendre dans le Simmental, à pied s’entend, pour en ramener quelques têtes de bétail. L’argent cousu dans sa ceinture, le brave homme se met en route. Au bout de quelques semaines, il revient, mission accomplie pour remettre à son patron, non seulement les vaches, mais aussi la somme d’argent qui lui avait été confiée et qu’il a regagnée en vendant le lait en cours de route.

            Les registres paroissiaux nous fournissent les noms des premiers colons du Neuweyerhof : Ulrich Augsburger (1718-1783), Ulrich Bielmann ou Büllmann (1702-1767), Ulrich Schindler (1707-1780), Johannes Zahler (1719- 1789) etc.. Plusieurs d’entre eux sont natifs du village de Tschangnau, au sud-est de Bern .                           

 

          En ses débuts, le « Hoft » est donc visiblement une petite colonie hélvétique, où l’on parle « Schwytzgerdütsch », où les pâtres se saluent de loin par un « yodler ». Peut-être même grâce à sa bosse du commerce, le brave marcaire de bonne- Fontaine a-t-il ramené les « Simmedäler » avec leurs clarines, dont les sonnailles vont parfaire une illusion pour les nostalgiques du pays natal : leur nouvelle patrie est une annexe de Tschangnau.

         Certaines des familles du Neuweyerhof sont probablement anabaptistes à l’origine. On le devine grâce aux liens qui subsistent avec les communautés vosgiennes : la femme d’Ulrich Schindler est d’ « Oberrothau » ; Ulrich Bielmann  jun.est en 1732 à la «Barrer Melkerei » ; chez les Zahler, une cousine du « hintere Hochfeld, Willertal » vient accoucher en 1774 d’un enfant de Martin Bachon, Breitenbach, etc…

         Cependant, les anabaptistes s’intégreront sans heurts aux paroisses réformées de Diedendorf et d’Altwiller .

         Progressivement, les alliances font apparaître d’autres patronymes au Neuweyerhof : les Balz, Leibundguth et Sommer, également d’origine suisse, ainsi que les Noé, Krämer, Vautrin, Lieb, Elsass.

        Comme dans tous les villages du comté, on se marie souvent entre voisins, voire entre cousins, pratique à tendance endogamique, qui, avec des exceptions pour confirmer la règle, se poursuivra jusqu’à l’aube du 20è siècle. De ce fait, la population du hameau constitue une entité soudée par de multiples liens de parenté.

  

 

VIE QUOTIDIENNE ET CONTEXTE POLITIQUE SOUS WILHELM HEINRICH

 

         En cette moitié du 18è siècle, les conditions de vie en milieu rural ne font qu’empirer : alors que les ressources restent stationnaires, la démographie en hausse entraîne un appauvrissement général. Chaque village a son chapelet de mendiants, que la communauté doit nourrir au moyen de quêtes organisées par les autorités municipales. En outre, face à la charge toujours plus écrasante des impôts, les insolvables en nombre croissant se retrouvent à la rue, expulsés par le percepteur et ses huissiers, et dans ce cas leur dernier recours est l’émigration.

         Le comte Wilhelm Heinrich von Nassau- Saarbrücken (1718-1768) n’est pas totalement insensible à la misère de ses sujets ; de temps en temps, il s’efforce de trouver des solutions, en promulgant des décrets : suppression de la « Nachtweide » et introduction de plantes fourragères (trèfle, luzerne) pour développer l’élevage ; mesures pour l’extension de la culture des pommes de terre et des arbres fruitiers ; lutte contre la mauvaise gestion des forêts ; lutte contre le mode de construction traditionnel (torchis, toits de chaume, cheminées en bois) au profit de la pierre et de la tuile, etc ..

        Mais les paysans opposent à ces décrets leur habituelle force d’inertie, et le comte retourne à ses plaisirs : « er war ein lustiger Herr, volkstümlich und beliebt. Er tat viel für Handel und Industrie, war aber verschwenderisch, prachtliebend und von laxen Sitten » dit le pasteur Matthis.

        Lieutenant général des armées du roi de France, Wilhelm Heinrich a passé quelques années à la cour de Versailles, où s’est développé son gout du luxe, des fêtes, des voyages. Les dettes qu’il accumule ne le tracassent pas outre mesure : pour les éponger, il imposera à partir de 1757 une « Extra-Steuer » annuelle d’un montant variable, à ses sujets déjà harassés, qui ne cessent pas pour autant d’aimer leur bon prince, si jovial, si brave au fond, auquel ils appliquent la parole de l’Evangile : « Pardonnez-lui, car il ne sait pas ce qu’il fait…. »

          Avec ce despote éclairé, les habitants du Neuweyerhof ont des rapports privilégiés. Depuis qu’il a fondé le hameau et fait construire «  le château », il tente de transformer l’ensemble du domaine en ferme-pilote, où ses directives pour la modernisation de l’agriculture sont appliquées promptementpar le régisseur de Bonne-Fontaine. Pour les questions d’élevage, les métayers suisses experts en la matière, sont consultés, et tout le monde, ici, est à l’abri de la misère.

           C’est le patriarche Schindler surtout, qui semble avoir bénéficié des faveurs du prince, si l’on en croit la jolie légende, rapportée par une de ses descendantes. Mais n’anticipons pas.

           Dans les années 1750 donc, Wilhelm heinrich vient rendre visite de temps à autre à son domaine de Bonne-Fontaine. Les courtisans qu’il entraîne à sa suite dans la « obere Grafschaft » (ainsi appelle-t-on à Sarrebruck notre arrière-pays) subissent ses discours de réformateur en bâillant derrière leurs jabots et éventails. » C’est une lubie qui lui passera » se disent-ils. En attendant, son engouement pour ce coin perdu les laisse perplexes. Les bains dans les cuves de grès leur paraissent bien inconfortables, l’eau de la source leur donne des coliques, et les dames d’honneur soupirent lorsque leur ourlet s’accroche à une écharde du plancher : « parlez-moi d’un château ! » Pour tuer le temps, on assiste aux parties de pêche en barque sur le Neuweiher, aux battues qui emplissent la forêt de clameurs barbares. Quant aux chambres, c’est le bivouac, et le soir on y chuchote : « vivement que ça se termine ! »

            En revanche, les habitants du hameau, surtout les femmes et les enfants, n’en finissent pas de s’émerveiller du spectacle qui s’offre à eux, sans songer à envier ce monde meilleur : pour eux, les inégalités relèvent d’une loi de la nature, en attendant de devenir objet de scandale et sujet de conversation.

           En résumé, les fêtes au « château » ne dureront guère, car les sources minérales, comme plus tard au temps de Mérian, n’attireront pas la clientèle escomptée. Le grand bâtiment Nassau ne sera plus désormais qu’un relais de chasse pour Wilhelm Heinrich, qui espace ses visites, après avoir confié la maison à Ulrich Schindler qui s’y installe avec sa famille. « Et à la fin de la dernière chasse, le comte lui légua la maison » affirme madame Gilgemann de Forbach.

           Après enquête, la légende s’avère fondée. Les derniers habitants du « Grosse Hüss » sont les enfants de Sophie Schindler, l’arrière-petite-fille d’Ulrich, qui épouse en 1853 son voisin Peter Leibundguth. Au début de notre siècle, un fils et deux filles de Sophie sont copropriétaires de la vieille bâtisse, qui peut loger aisément leurs ménages ; mais les problèmes de succession ne sont pas faciles à résoudre, puisqu’il faut verser leur part d’héritage aux quatre autres frères et sœurs.

           La maison est devenue vétuste, insalubre, et vers 1920 elle est vendue à Gaspard de Schlumberger qui la démolira pour empierrer les chemins forestiers de Bonne –Fontaine.

           En 1768, sans doute peu après la « dernière chasse » au Neuweyerhof, le comte Wilhelm Heinrich mourra subitement, dans la force de l’âge, et nous laisson à l’historien sarrois Köllner, plus respectueux que Matthis du principe d’immunité qui protège les princes de toutes critiques, le soin de conclure : « Wilhelm Heinrich starb mitten in seiner thätigen Laufbahn. Es war ein Schlagfluss, der ihn so plötzlich, nach einer 28 jährigen, segensreichen Laufbahn, im 50sten Jahr seines Alters seiner Familie und seinen Unterthanen entriss. Sein Tod verbreitete allgemeine Trauer über das Land, und jeder fühlte den schmerzlichen Eindruck, den das Ableben eines geliebten Vaters auf seine Familie zurücklässt. »

 

       

                       AU TEMPS DU COMTE LUDWIG (1745-1794)

 

             Le hameau a perdu son protecteur. Le successeur de Wilhelm Heinrich, son fils Ludwig, ne choisira pas le Neuweyerhof comme point d’attache lors de ses passages dans la « obere Grafschaft ». Peut-être a-t-il un pied-à-terre à Harskirchen, ou au presbytère d’Altwiller.

              Ludwig hérite les dettes, mais non la bonhomie de son père, et G. Matthis trace de ce jeune prince un portrait peu flatteur : avare, névrosé, souvent excentrique, promulgant la pendaison pour les voleurs à la suite de quelques larcins dans ses résidences, brisant le cœur de son épouse Wilhelmine zu Schwarzburg-Rudolstadt (+1780) en prenant pour concubine la servante Catharina Margarethe Kest de Fechingen, que le peuple surnommera « Gänsegretel ».

              Köllner, en revanche, consacre à Ludwig , une vingtaine de pages de louanges, en rejetant sur ses conseillers la responsabilité des erreurs du régime.

              Ludwig a deux passions fort coûteuses : la chasse et l’armée. A l’exemple de son père, il entretient deux régiments au service de la France, le Nassau-Sarbrück Infanterie et le Royal-Nassau Hussaren, dans lesquels s’engagent bon nombre de sujets de nos villages. Il est en effet dans l’intérêt du comté de poursuivre la politique de Wilhelm Heinrich : cultiver de bonnes relations avec le puissant voisin, qui accorde à Ludwig, comme naguère à son père, le titre honorifique de lieutnant général des armées du Roy.

              En outre, pour son plaisir, il s’offre un escadron de Dragon géants, aux uniformes rutilants qui ont fière allure sur leurs montures lors des parades et qui coûtent une fortune.

             La chasse aussi entraîne des dépenses considérables si bien que, pour équilibrer le budget, le peuple est pressé comme un citron.

             Le « Miederswald », comme on appelait alors la forêt de Bonne-Fontaine, semble avoir été un des terrains de chasse favoris de Ludwig. Comme, sous peine de lourdes amendes, il est interdit d’inquiéter le gibier en dépit du dommage causé aux cultures, les fermiers du Neuweyerhof et du Giesert ont fort à faire avec la construction de clôtures pour protéger les récoltes. Plus question de recourir aux lacets et pièges depuis que le nouveau garde-chef s’est établi à Harskirchen.

             Ce « Oberförster », Johann Nicolaus Kest de Fechingen, est manifestement un parent, sans doute un frère de « Gänsegretel », que le comte élèvera au rang d’épouse légitime en 1787, avec les titres de comtesse d’Ottweiler et duchesse de Dillingen.

             D’une lettre de Ludwig au Regierungsrat Lex de Harskirchen, il ressort que Kest fait partie des fonctionnaires détestés dont les abus de pouvoir révoltent la population. En effet, après avoir reçu en 1789 une délégation venue présenter les doléances du bailliage de Harskirchen, le comte qui a promis d’intervenir charge Lex d’un message aux fonctionnaires : ils sont priés, notamment le « Herr Oberförste », d’être « honnett » avec leurs administrés.

             Apparemment Kest saura louvoyer dans la tourmente de la Révolution pour conserver son poste lors du changement de régime. En 1819, il finira ses jours à Harskirchen où son acte de décès est inscrit dans les registres de la mairie.

              Son beau-frère est moins habile : le dernier régent de Nassau- Saarbrücken continue d’accummuler les bévues sans comprendre que l’heure des tergiversations est terminée. Propagées par les révolutionnaires de Boucquenom, les idées nouvelles se discutent dans les auberges, les gens prennent conscience de la légitimité de leurs plaintes et seules de sérieuses réformes permettraient d’éteindre les foyers d’une latente rébellion.

             Au Neuweyerhof, les gens se rassemblent autour d’Abraham Noé qui revient de Harskirchen où le comte en ce jour d’avril 1790 a donné audience aux représentants des villages. Le maitre d’école est assez pessimiste :

-         c’est toujours pareil. Il n’écoute pas ce qu’on lui dit et on ne comprend qu’à moitié ce qu’il répond. Ils n’ont pas obtenu grand’chose, à part le renvoi des adjoints de Kest.

-         Pas de diminution sur les Grumbiere ? dit Johannes  Schwendemann

-     Pas pour l’instant. Il va y réfléchir !

-     Un dü gläubsch’s dit le vieux Vautrin. Tout ça va mal finir !

         

       Rien ne change, en effet : ils continuent d’être réquisitionnés comme rabatteurs, fût-ce en pleine moisson ; il leur faut entretenir les chemins forestiers, élaguer les taillis pour le passage de la meute, transporter avec leurs attelages le blé, le foin, le bois à Sarrebruck. Corvées familières, certes, mais l’état d’esprit des corvéables a changé : ils ne trouvent plus ça normal !

         C’est pourquoi, deux ans plus tard, les Jacobins de Boucquenom atteindront leur but : en 1792, le comté de Sarrewerden est rattaché à la France.

         Tablant sur son statut d’officier de l’armée française et sur le traditionnel bon voisinage, Ludwig espère en des temps meilleurs qui ne sauraient tarder pour lui restituer ses biens.

          En attendant, il se proclame l’ami et allié de la Nation pour tenter de sauver au moins les morceaux, c.à.d. conserver ses propriétés allodiales. Mais elles sont mises sous séquestre, et le sort du domaine de Bonne-fontaine restera indécis pendant de longues années.

          Devant l’avancée des troupes révolutionnaires qui incendieront le château de Sarrebruck, Ludwig se réfugie à Aschaffenburg où, désillusionné, il meurt en 1794, trois ans avant son fils Heinrich Ludwig Karl Albrecht (1768-1797), avec lequel s’éteint la lignée des comtes de Nassau-Saarbrücken.

          Ce n’est qu’ne 1815 que le domaine de Bonne-Fontaine sera restitué aux deux sœurs de Ludwig, ses héritières, qui, par crainte d’une nouvelle confiscation, s’empresseront de le vendre. Ainsi s’achève au « Hoft », avec vingt ans de retard, l’époque de l’Ancien Régime.

 

 

                             LES ANCIENNES FERMES SEIGNEURIALES

 

             Il subsiste au Neuweyerhof trois grandes bâtisses, d’âge vénérable, édifiées à la même époque peut-être sur l’emplacement des chaumières antérieures. La date de construction de l’une d’elles est fournie par le livre foncier : 1761.

             Selon toute évidence, il s’agit là des fermes « nouveau style » construites en application des décrets de Wilhelm Heinrich.

             En existait-il d’autres, aujourd’hui disparues ? Il faudrait faire des recherches plus poussées pour répondre à ces questions.

             De même, faute d’avoir compulsé toutes les sources, j’en reste réduite aux hypothèses pour déterminer l’époque à laquelle ces bâtiments seront vendus aux « Hofbeständer ». En tous cas, les familles qui les entretiennent et les améliorent depuis des générations, n’ont certainement pas manqué l’occasion de s’en rendre propriétaires. Le comte Ludwig les leur a-t-il cédées juste avant la débâcle ou bien les familles ont-elles obtenu du gouvernement républicain une expropriation à leur profit, ou encore ont-elles dû attendre la Restauration pour pouvoir « régulariser » leur situation ?

             Mais quelle que soit la réponse à ces questions, on peut tenter, en admettant le principe de stabilité en milieu rural, où la maison, sauf en cas de force majeure, « doit rester dans la famille », de deviner qui a habité où, au moyen des filières généalogiques…Il est clair que ces jeux de l’esprit pour recréer un monde perdu comportent de gros risques d’erreur qu’il faut assumer.

 

                       

Par lichty lilly
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /Sep /2008 18:39

L’introuvable « Wiebersweiler Hof » ou chronique d’une disparition.

 

 

Rappelons qu’en l’an 917, le roi de France Charles le Simple fait don du village de Sarrewerden à l’évêché de Metz, après quoi le silence retombera pour deux siècles sur le petit bourg au bord de la Sarre, qui, avec ses « dépendances », constituera le noyau autour duquel, par acquisitions successives des terres et villages alentour, se développera le comté de Sarrewerden.

          La première mention d’un comte de ce nom remonte à l’an 1111, où Friedrich I de Sarrewerden est cité parmi les témoins d’un acte établi par l’évêque de Metz, Adalbert IV.

          C’est donc avant cette date que l’évêché a investi de Sarrewerden  l’une des familles nobles de son entourage, issue, selon les historiens, de la Maison des « Metz-Lunéville ».

          Selon la coutume, cette famille portera désormais le nom de son fief, qui comprend les villes de Sarrewerden et de Bouquenom (Sarre-Union), ainsi que le Wibersweiler Hof, une ferme désignée par le nom du ban, sur lequel elle est située, et sujet de cette étude.

         Le territoire du comté ne cessera de s’accroître au fil des siècles. Exemple : « le 21 décembre 1349, l’écuyer Frige, homme lige du comte Friedrich II de Saarwerde, cède à ce dernier la grande et la petite dîme à Langate, le village et ban d’Eschwiller, la prairie de Diedendorf, et toutes les terres ,redevances et serfs qu’il possède dans les villages de Harskirchen, Swekesingen, Langate, Wolfskirchen, Diedendorf, Bistorf, Eschwilre, Dunevasseln, Sinewilre et Asswilre, ainsi que sa maison, ferme et grange dans la ville de Sarrewerden, dont  ses aïeux déjà furent les feudataires ».

         Cet acte d’allégeance der « Frige » (Freie) von Alben (Sarralbe ?) illustre l’un des mécanismes du système féodal: chevaliers de petite noblesse, ces « hommes libres » d’Alben font partie de la garnison du château de Sarrewerden, et, en échange de cette fonction et de la protection du comte, ils lui inféodent leurs propriétés, dont ils conservent l’usufruit, contrat reconduit de génération en génération.

          Quant au noyau initial du comté, ses trois composantes continueront d’être énumérées lors des investitures, ainsi que dans bon nombre de traités internationaux, tel celui de Westphalie, qui mit fin à la Guerre de Trente Ans en 1648, et que le fantôme du Wiebersweiler Hof continuait de hanter.

          Fantôme en effet, car depuis des siècles la ferme seigneuriale de Vibersviller, village mosellan, limitrophe du comté, n’est plus localisable: elle a disparu sans laisser de traces, ni sur le terrain, ni dans les mémoires.

          Ce phénomène étrange est évoqué par notre historien régional Gustav Matthis, dans « die Leiden der Evangelischen in der Grafschaft Saarwerden ».

      « Citons aussi le cas bizarre du Wiebersweiler Hof, que la maison de Nassau et la Lorraine se disputèrent pendant 250 ans, bien que plus personne ne fût capable de le localiser. Car en 1577, lors du procès qui opposa les deux partis, les témoins interrogés à ce sujet,affirmèrent  tous n’avoir aucune connaissance de ce domaine, ni de son emplacement, ni même d’en avoir jamais entendu parler ».

          Bref, la ferme et ses terres, situées selon leur désignation, sur le ban de Vibersviller, se sont volatilisées, énigme surréaliste, que l’on devrait pouvoir élucider en consultant les documents de l’époque et les ouvrages historiques sur notre région.

 

               

             Enquête sur une disparition.

         A priori, la logique imputera aux guerres, épidémies et périodes de désertification, la disparition du Wiebersweiler Hof; cependant, même en cas de destruction massive, le nom d’un site reste présent dans les mémoires, ce dont témoignent bon nombre de lieux-dits, qui, avec persévérance, continuent d’évoquer chez nous comme ailleurs, des moulins, tuileries, villages, églises ou châteaux disparus depuis des siècles.

         Aussi, pour ce qui concerne la ferme de Vibersviller, son « gommage » semble avoir été intentionnel, dicté par une volonté de brouiller les pistes et d’effacer les traces.

          C’est le statut du fief de Sarrewerden, qui livre à ce propos une amorce d’explication: selon le droit coutumier de Metz, ce fief ne peut « tomber en quenouille », c.à.d qu’il n’est pas transmissible par les femmes. Ainsi, en cas d’extinction de la lignée mâle des comtes de Sarrewerden, le comté et ses dépendances sont-ils censés retomber aux mains de leur suzerain, l’évêque de Metz.

         Cette menace plane et ne cesse de s’alourdir, car à deux reprises déjà, un changement de dynastie a eu lieu à Sarrewerden. 

          En effet, tombé en quenouille en1397, puis en 1527, le comté est passé aux mains des comtes de Moers, puis de  Nassau-Sarrebruck, époux des héritières de Sarrewerden, que l’évêque traitera d’usurpateurs.

         C’est ce contexte qui permet d’entrevoir le sens de la politique d’ « escamotage » du Wiebersweiler Hof : si d’aventure l’évêque obtenait gain de cause, du moins se verrait-il grugé de la ferme introuvable.

          A partir de 1527, le conflit latent s’envenime .Car, après l’envoi d’un ultimatum à son vassal répudié, l’évêque a inféodé Sarrewerden et dépendances à son propre frère, le duc de Lorraine, auquel cependant Johann Ludwig de Nassau-Sarrebruck (1472-1545), l’époux de Catherine de Moers-Sarrewerden, tient tête en venant recueillir le serment d’allégeance de ses nouveaux sujets.

          Aussitôt, Antoine de Lorraine porte plainte auprès de la Chambre Impériale de Spire. C’est le début d’un procès, qui durera un peu plus d’un siècle.

          En 1577, dans le cadre de ce procès, le « Reichskammergericht » ordonnera une enquête publique pour tenter de retrouver le Wiebersweiler Hof. Mais les 31 notables, maires et échevins de nos villages déclareront tous sous serment que, de mémoire d’hommes, il n’existait à leur connaissance nul domaine de ce nom sur le ban de Vibersviller.

           Parjure collectif pour soutenir la cause du comte ? Cette hypothèse est peu crédible, vue la mentalité de l’époque, où l’Eglise tient en tutelle l’esprit du peuple: les prêches sur l’effet du parjure et autres péchés mortels, font planer la menace de damnation éternelle !

           En fait, un brin de bon- sens peut expliquer l’étrange disparition : l’appellation officielle de « Wibersweiler Hof » n’avait logiquement cours qu’entre l’évêque, le comte et les autorités. Car les habitants ne désignaient certainement pas la ferme du comte par le nom de leur propre village, mais très vraisemblablement par le nom de son propriétaire.

            Bref, cette disparité des noms fournit la clé du mystère, puisque l’appellation, dont use le peuple, agit comme la « Tarnkappe »de nos contesd’enfance, ce bonnet magique qui rend invisible ce qu’il recouvre.

         

            L’identification du Wiebersweiler Hof.

            C’est dans l’ouvrage d’un auteur sarrois Friedrich Köllner, sur le comté de Sarrebruck et de ses régents que se cache l’indice confirmant ces suppositions.

            En effet, dans le chapitre consacré à Philippe II (1509-1554), fils de Johann Ludwig de Nassau-Sarrebruck et de Catherine de Moers-Sarrewerden, l’auteur cite p.266, une dédicace adressée à ce régent, pour y magnifier son œuvre :

             « ……Les bâtiments prestigieux de la cité de Sarrebruck, la magnifique fontaine et ses jets d’eau, les moulins et étangs aménagés toutes parts, la nouvelle bergerie…. »

            La situation de cette bergerie est précisée par une note en bas de page : «  Auf dem Grafenhof, nachmals Rodenhof ».

             Découverte jubilatoire pour le Fachidiot car dans notre coin du « Krumme Elsass », l’ancien comté de Sarrewerden, tout le monde connaît le nom du Roderhof ou Rothof.

            Cette ferme isolée, aujourd’hui à l’abandon, et ruinée, est située en Moselle, entre les villages de Vibersviller et d’Insviller, qui, à l’époque, étaient partiellement rattachés au comté de Sarrewerden, du fait, que le comte y possédait des terres et des droits.

            Or le nom antérieur du Roderhof, jadis appelé Grafenhof, fournit la preuve qu’il s’agit bien là de l’introuvable Wiebersweiler Hof, que le duc de Lorraine chercha à disputer aux comtes, sans toutefois  parvenir à l’identifier.

            J’ajoute ici une parenthèse à l’adresse de mes cousins Patrick et Isabelle, qui s’intéressent à cette enquête: immigré du berner Oberland vers la fin du 17e siècle, notre ancêtre commun, Anton Liechti, fut engagé comme « Hofmann »au Roderhof, où il vécut pendant 31 ans. Pour la saga familiale, ce site est donc un lieu de mémoire.

            Un descriptif du terrain d’implantation du Roderhof et de sa Schäferei est cité dans un ouvrage sur la seigneurie de Fénétrange :

            « Le Roderban est un ban particulier, copropriété de Fénétrange et de  Sarrewerden. Il est situé entre les bans d’Insming (Insviller ?), de Lohr, de Munster, de Vibersviller et du Bitchenwald, et peut avoir ¾ de lieue (pas plus de 6 kms) dans sa plus grande largeur », selon un document des Archives Départementales de Meurthe / Moselle.

             A ces données, H.W.Herrmann ajoute quelques détails: étang du Roderweiher non compris, le Roderban occupait une surface de 2000 Morgen (1 Morgen=20 ares). En 1443, les comtes de Moers-Saarwerden donnèrent le Roderban en fief aux barons de Fénétrange, en se réservant la moitié de l’étang.

            Par la suite, le Roderban (du verbe «  roden » c.à.d déboiser), qu’une tradition orale fait dériver de « Rode », nom supposé d’un village disparu, sera réparti entre les villages de Viberswiller et d’Insviller.

           Au terme de ces laborieuses démonstrations, il appartient au lecteur de juger si l’équation Wiebersweiller Hof = Roderhof lui paraît assez convaincante pour combler une lacune de l’Histoire.

 

 

         Le verdict du Reichskammargericht.

         Le 7 juillet 1629, pour mettre un terme au procès centenaire de la Lorraine contre Nassau-Sarrewerden, la Chambre Impériale de Spire tranche enfin le litige: la souveraineté des comtes sur les terres de leur comté est établie, sauf pour ce qui concerne le fief messin. En effet, « les villes de Sarrewerden et de Bockenheim, et le Wiebersweiler Hof, ainsi que leurs dépendances respectives ,reviennent de droit, en tant que fiefs mâles de l’évêché de Metz, au Duc de Lorraine. »

         Ce jugement est assorti d’une clause, qui condamne les Seigneurs de Sarrewerden à une amende de 2 millions de Reichsthaler, payables au Duc de Lorraine pour le dédommager des impôts prélevés abusivement sur ce fief pendant la durée du procès.

         Dans les deux camps, ce verdict provoquera une tempête de protestations :

         Atterré de voir son comté amputé de ses deux capitales, le comte Wilhelm-Ludwig de Nassau-Sarrebruck (1590-1640) a-t-il pu maintenir le « camouflage »du Wiebersweiler Hof, qui désormais ne sera plus mentionné dans les archives ?

         Faute de documents sur ce point, on ne peut qu’envisager une alternative :

-soit la ferme, enfin identifiée, est échue au Duc de Lorraine.

-soit Wilhelm Ludwig, en prévision d’une issue défavorable du procès, s’est-il hâté de vendre la totalité de son fief mosellan aux barons de Fénétrange, que déjà il en avait partiellement investis.

         Quant à François II de Lorraine, qui avait escompté se voir attribuer la totalité du comté de Sarrewerden, les historiens rapportent qu’après avoir pris connaissance du jugement, il fut pris d’un tel accès de rage qu’il piétina la copie du verdict. Pour lui, hors de question de se plier à la décision de la Chambre Impériale. C’est par les armes qu’il allait bouter hors du territoire les usurpateurs sarrois, un coup de force que ses juristes légitimeront par une interprétation spécieuse du jugement, en déclarant que les dépendances de la ville de Sarrewerden, c’étaient indubitablement les 33 villages du comté.

 

 

         Temps de misère pour le pays de Sarrewerden.

         Fin juillet 1629, les premiers fonctionnaires lorrains, escortés de contingents armés, se font ouvrir les portes des bourgs fortifiés de Sarrewerden et Bouquenom, dont les clés leur seront remises.

         Rassemblée sous la menace des armes, la population est contrainte à prêter serment d’allégeance au Duc de Lorraine, une formalité ressentie comme un parjure, que l’on impose ensuite à l’ensemble des villages. Les sujets récalcitrants sont jetés en prison et leur domicile livré au pillage.

Après ces excès, ordre est donné aux troupes d’occupation de ménager dorénavant les nouveaux sujets du Duc, auxquels est accordé la liberté de religion, en vue de faciliter leur intégration.

         Bientôt cependant, les exactions reprennent, et fin août les pasteurs, soupçonnés d’être les instigateurs de l’opposition, seront expulsés et les églises fermées.

         L’occupation militaire par les Lorrains durera quatre ans, un temps de représailles, auxquelles vont s’ajouter les ravages causés par d’incessants passages de troupes. Car, impliquée dans la Guerre de trente Ans, qui dévaste l’Europe, une soldatesque de tous bords sillonne les routes, mettant les populations à rude épreuve ;

         Enfin, au cours des guerres de Louis XIV, des régiments français viendront à leur tour ravager le pays.

         Pour notre région, le 17e siècle se solde donc par une sévère régression économique et démographique, car, en plus d’une mortalité accrue, une bonne partie de la population cherchera son salut dan la fuite, en émigrant au Palatinat, en Suisse, en Hollande, voire dans les pays du Banat, au sud du Danube.

         Quant au Roderhof, alias Wiebersweiler Hof, il n’a pas échappé au sort commun. Il est avéré en effet que le village d’Insviller fut détruit et abandonné pendant une dizaine d’années: en 1663 et 1668 le percepteur du comté de Sarrewerden signale n’avoir pu y prélever ni redevances ni impôts, tout le ban étant envahi de broussailles. Idem pour Vibersviller, où, en 1664, le Roderban est dit « inculte depuis la guerre » et où «  il ne reste plus ni moutons ni bergers ».

         Désormais, dans les archives de Saarwerden, il ne sera plus question du Wibersweiler Hof, qui reconstruit après les débâcles du 17e siècle, finira par être rattaché définitivement à sa patrie géographique, la Lorraine.

         Ma génération est d’ailleurs la dernière à avoir encore connu la grande bâtisse isolée au milieu des pâturages, tableau idyllique, nimbé d’un certain mystère et de la poésie des contes de notre enfance.

         Aujourd’hui, il ne reste plus du Roderhof qu’un amas de ruines, car « ainsi passe la gloire du monde ».

 

 

 

         Sources

-Hans Walter Herrmann : “Geschichte der Grafschaft Saarwerden bis zum Jahre 1527 “ Saarbrücken 1957, Minerva-Verlag

-Gustav Matthis, pasteur à Eywiller: ”Die Leiden der Evangelischen in der Grafschaft Saarwerden”, Strasbourg 1888  éd. J.H. éd.Heitz

-Friedrich Köllner, ”Geschichte des vormaligen Nassau-Saarbrück’schen Landes und seiner Regenten “ Saarbrücken 1841, Verlag Heinrich Arnold,  réedité en 1981 par Buchverlag “ Saarbrücker Zeitung”

-Jean Gallet « le bon plaisir du baron de Fénétrange » p.19 éd Presses universitaires 1990.

 

 

 

 

                                                                                               Lilly Lichty

 

 

 

     

Par lichty lilly
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 15:29

LES PIGNONS SUR RUE A DIEDENDORF

 

 

 

      L’expression « avoir pignon sur rue », c.à.d. faire partie de la classe des notables fortunés, remonte sans doute au Moyen -Age, par référence aux riches pignons à colombage des cités médiévales.

C’est cette expression qui m’est venue à l’esprit à la lecture d’un document du 14e siècle. Il s’agit du registre des impôts du comté de Sarrewerden, qui mentionne à  Diedendorf, l’existence des fermes seigneuriales, dont l’une appartient au comte, les autres à ses « Gemeiner », quelques chevaliers de son entourage.

Car dans notre village, reconstruit en 1559 par les immigrés huguenots sur le modèle du « village-rue »lorrain, cinq  pignons sur rue subsistent, qui, tranchant sur les rangées de façades accolées, intriguent par leur orientation particulière.

D’où la question : ces pignons correspondraient-ils aux anciennes fermes seigneuriales? Hypothèse assez séduisante pour mériter quelques investigations.

 

Diedendorf au 14e siècle :

            Le registre des redevances, cité plus haut, est daté de 1344,1350.Il énumère les impôts prélevés sur la population dans les diverses localités du comté.

A Diedendorf, la première de ces redevances est le « devoir d’hospitalité »: strasbourgeoise, à payer par la commune en cas d’annulation du festin.

En contrepartie, les Diedendorfois bénéficient du droit de pâture et de glandée, gratuit pour une partie de leur bétail, dans la vaste forêt comtale du ban, où leur est accordé également le droit de ramassage et de coupe de bois.

A ces privilèges s’ajoute celui d’une certaine proximité entre les puissants et les humbles. Car les nobles sires  viennent séjourner assez fréquemment sur la colline, où, lors de leurs parties de chasse dans la forêt tout proche (qui, à l’époque, s’étend sur bien des cantons, à présents déboisés, de notre ban) les villageois sont engagés comme rabatteurs.

En outre, dans le registre de 1344-50, et  contrairement aux autres villages, Diedendorf n’est pas désigné comme « meigerige » (mairie), sans être pour autant rattaché à une mairie voisine. C’est dire qu’il constitue une sorte de domaine privé, où le comte en principe, est accessible personnellement aux doléances d’une poignée de sujets.

A l’époque, en effet, le petit hameau au sommet de la côte, se réduisait au quartier des demeures nobles, en amont duquel les chaumières des manants se serraient le long d’un goulot, où l’usoir se rétrécit.

C’est d’ailleurs ce goulot qu’aujourd’hui encore nous appelons « Herregass » c.à.d. « ruelle des seigneurs », désignation échue par glissement, ou sens de la dérision, à l’ancien quartier des serfs. Car il est évident que la « Herregass » désignait à l’origine le quartier des fermes seigneuriales.

Quant au moulin du village, situé sur le ruisseau de « l’Otterlach » (« Newetsmättler Grave »), sa redevance  s’élevait à une livre strasbourgeoise, payable à Pâques et à 1 porc à Noël, tandis que l’ensemble de la population était taxé à 28 shilling d’impôt général, plus 15 shilling sur la pêche du carême.

Enfin il est précisé que les terres de la ferme comtale comprenaient 30 Morgen (1Morgen=20 a) de labours et 10 « phennewerth »ou »pfennigwerth » de prés. Cette unité de mesure (15 ares) était encore un usage du temps de mon grand’père, qui l’appelait « Pemmert ».

En résumé, les données du registre de 1350 évoquent des images de vie modeste, mais paisibles. Cependant, vers la fin

du siècle et au cours des siècles suivants, de rudes épreuves viendront dévaster nos campagnes.

 

Temps de misère et nouvel essor

.

             Pour l’histoire locale, ces siècles-là, temps de guerres, de destructions et d’épidémies tout aussi meurtrières, constituent un vaste « trou de mémoire » : absence de documents écrits, et désertifications de 16 des 43 localités du comté, dont les survivants se regroupent dans les gros villages, abandonnant aux ronces et aux orties les hameaux détruits.

             A partir du 16e siècle enfin, les tumultes finissant par s’apaiser, et grâce à la paix revenue, la nouvelle religion, basée sur les doctrines de Calvin et de Luther commence à se propager en France et en Allemagne.

             Dans notre arrière-pays, dont le comte, Adolf de Nassau-Sarrebruck, est lui-même acquis à la Réforme, c’est de ce changement que viendra, pour 7 de nos villages détruits, l’impulsion d’un nouvel essor. En effet, au début de l’an 1559, une requête parvient aux autorités de Sarrewerden: un gentilhomme lorrain, Jean Lenfant de Chambrey (petite seigneurie près de Vic/Seille) leur adresse une demande d’asile pour un groupe de Calvinistes, dits « Huguenots », que les persécutions religieuses poussent à l’exil, et dont le nombre est estimé à un millier de personnes.

            Dans le comté, qui peine à se relever de ses ruines, cette requête trouve un écho favorable, si bien que les villages d’Altwiller, Burbach, Diedendorf, Eywiller, Goerlingen, Kirrberg et Rauwiller seront mis à la disposition des immigrants.

Ceux-ci prendront le chemin de l’exil au cours du printemps 1559, et l’on imagine les longues files de troupeaux et de chariots bâchés, où s’entassent pêle-mêle pièces de mobilier et nichée d’enfants.

           Quant au pays natal des exilés, aucune enquête approfondie n’a été faite à ce sujet. On les suppose originaires du pays Messin, des régions Toul, Verdun, Bar-le-Duc, de Champagne peut-être. Ainsi, nos ancêtres huguenots ont-ils gardé leur part de mystère.

 C’est le bailli du comté, Johann Streiff von Lauenstein, qui répartira les nouveaux-venus dans les lieux d’accueil, à raison d’une trentaine de familles par village. Il sera chargé également du rôle de médiateur et de coordinateur des travaux, notamment à Diedendorf, où le comte, pour stimuler son zèle, s’est engagé à l’investir d’un fief, une partie des terres du ban et l’ex-ferme comtale (« Hochsteins N°79 »)

         

            La reconstruction de Diedendorf

 

           A leur arrivée dans le village, les Huguenots découvrent un désert de gravats où subsistent toutefois les squelettes des anciennes maisons nobles, dont les murs épais ont résisté à la destruction.

           Or, lors de la séparation des terrains à construire, le bailli Johann Streiff von Lauenstein s’en adjugera la part du lion: en finançant sans doute leur reconstruction, il rattachera à son fief les deux maisons adjacentes (« Fiersteins »n°77et « Hoschare »n°83, afin de pouvoir aménager et orienter à son gré sa future résidence.

          Il s’agit là d’une hypothèse, basée sur quelques indices relevés dans les archives, et sur des déductions que peut suggérer la situation d’ensemble des anciens bâtiments nobles dont la cohérence se devine.

          Quant à la trentaine de familles huguenotes, censées avoir repeuplé en 1559 chacun des 7 villages à l’abandon du comté, on peut mettre en doute un tel contingent pour Diedendorf.

          En effet, selon une liste de 1610, collectionnant les noms des chefs de famille du village dans les documents de l’époque (2), les Huguenots n’ont pas l’air d’avoir alors prédominé chez nous. Car sur les 23 noms de cette liste, seuls six sont identifiables sans équivoque, comme français, notamment en raison des prénoms Cola (Nicolas, Nickel en allemand, Glad (Claude) et Lampert (Lambert), peu usités chez nos cousins germains et auquel nous devons peut-être notre « Lamperschmatt ».Quant aux patronymes de la liste, l’exemple de Glad et Cola Zimmermann illustre le procédé en usage : soit on a traduit le patronyme Charpentier, soit on a attribué au quidam le nom de son métier.

        Ceci dit, les immigrés huguenots qui se sont fixés à Diedendorf, ont sans doute constitué une minorité parmi les autochtones venus repeupler le village par attachement au berceau de leur famille.

       Pour cette classe populaire, on imagine que seuls les plus fortunés d’entre eux ont pu s’établir dans le quartier des riches, et que la piétaille a construit ses chaumines en deux rangs serrés le long du goulot de l’actuelle « Herregass », dont il a déjà été question.

       Mais comme les pauvres n’ont pas d’histoire , revenons au quartier des riches.

       A l’origine, nos maisons nobles allaient par paires, jumelées en vis-à-vis, de part et d’autre de la rue, à l’exemple de « Hochsteins »(N°79), face à « Schäferluis »(N°92).

      - En aval, le jumelage s’appliquait au pignon de « Fiersteins » (N°77) et au bâtiment « Weydmanns » (N°90) dont une tradition orale affirme que lui aussi faisait partie naguère des pignons sur rue. Ce « on-dit » semble corroboré par un acte notarié du 18e siècle: après le décès de Henrich Bentz (+1786), alors propriétaire du n°90, et qui fut pasteur à Diedendorf pendant 38 ans, sa veuve fit démolir la bâtisse vétuste pour la reconstruire dans l’alignement des façades voisines.

     -En ce qui concerne le pignon de « Hansnickels » (N°94) et son vis-à-vis « Hoschare »(N°83), il est clair que le bâtiment N°83,avant de changer l’orientation, faisait partie, lui aussi des maisons nobles à pignon sur rue, que le bailli Streiff rattacha à son fief.

     -En effet, c’est un descendant du bailli, Otto Eberhard II Streiff von Lauenstein, qui en 1702, vend « Hoschare » à un couple de Huguenots. Il s’agit de Richard Gervais de Villiers le Sec /Bar-le-Duc, qui vient d’épouser à Diedendorf Suzanna Lamy, fille de Samuel, de Nançois-le-Petit /Lorraine

  En février 1728, le couple resté sans descendance, décèdera dans cette maison à quelques jours d’intervalle.

     -Reste e dernier pignon du lot (n°73/75 maison dédoublée au 19e siècle par partage entre les membres d’une même famille). C’est sous son toit que, laborieusement je rédige ce texte aride, qui risque fort d’assommer les éventuels lecteurs.

     Logiquement  cette maison, comme toutes les autres du groupe, a eu pour jumeau un pignon sur rue, mais par ma fenêtre je scrute en vain les façades accolées de « Riegersch »et « Etweins ». Du jumeau en question, il ne subsiste en effet nulle trace, ni sur le terrain, ni dans les archives, ni dans les mémoires. 

             A l’origine, l’ex-ferme comtale était orientée vers l’amont, sur sa propre cour, constituée par l’espace assez vaste du côté de « Hoschare ». 

    C’est l’annexion de « Fiersteins » (N°77), qui permettra à Streiff d’inverser cette orientation vers l’aval sur la cour annexée, tandis que le bâtiment (N°77) sera intégrée à sa résidence comme logement d’appoint.

    Or, lorsqu’en 1696, les successeurs de Streiff revendront cette indépendance au tailleur Hans Peter Hauer, celui-ci sera tenu d’en transposer ses ouvertures vers l’aval, car son espace cour ne sera pas restitué.

    C’est suite à cette usurpation que les habitants du N°77 devront s’accommoder du seul droit de passage dans la cour du n°75/77, dont ils sont riverains, situation conflictuelle en milieu rural, mais dont les difficultés se sont aplanies ,vu que les familles de notre « Eck »n’ont plus d’activités agricoles.

 

    Un clin d’œil à mes concitoyens en guise de conclusion :

Grâce au petit château Renaissance, dont le bailli Streiff von Lauenstein acheva la construction en 1577, et grâce aussi à nos pignons sur rue, qui ne payent pas de mine, certes, mais dont l’infrastructure remonte au 14e siècle, nous pouvons nous glorifier de vivre sur un site historique.

  -Bof !me diront les pragmatiques !ça nous fait une belle jambe !

 

 

        Sources et références

 

1. Volumes de la collection G.Hein ( en dépôt au Temple Réformé de Sarre-Union /Villeneuve :-vol. « Diedendorf »

                                -vol. « Das Amtsprotokoll 1589 »

                                -vol. « Die Einwohner der Grafstadt Saarwerden in den Jahren 1350,1542,1570,1610 »

                                -vol.”Die Notariarsakten von Bockenheim im 17.Jahrhundert”

 

2.”Geschichte der Grafschaft Saarwerden bis zum Jahre 1527” de Hans Walter Herrmann: Band I, p.660: reproduction de l’Einkünfteverzeichnis der Grafschaft Saarwerden bis 1527”

 

3.”Kirrberg im Krummen Elsass”d’Albert Girardin, chapitres “die Verödung”,”der Wiedraufbau”

 

4.Les documents originaux,que ces auteurs ont exploités ou compiles sont déposés à Strasbourg et à St Julien-les-Metz:

-A.D.du Bas-Rhin :

Serie 6 E 35, vol.49,50,51(actes notariés Diedendorf)

Série 1 B 1422-1454 (Amtsprotokolle)

-A.D de Moselle

Série 3 F 310/14( Tabellionage Bouquenom)

                                                                           

 

 

                                                                                                          Lichty Lilly

Par lichty lilly
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