EXECUTION CAPITALE A HARSKIRCHEN 2eme partie

Publié le par lichty lilly

2. Les difficultés de l’enquête

 

Comme un feu de broussailles, les nouvelles de Drulingen se sont propagées à travers le comté et les seigneuries avoisinantes. On ne parle plus que du bandit capturé et de ses comparses, qui courent toujours, avec une fascination mêlée de crainte, qui pimente la monotonie des jours.

 

A la chancellerie de Harskirchen, c’est le branle -bas de combat. Il s’agit de rassembler au plus vite les indices concernant les bandes en fuite, afin de pouvoir diffuser les signalements.

Mais à mesure que s’accumulent les dépositions, les enquêteurs complètement débordés se rendent compte de l’énormité de la tâche. Ils se trouvent confrontés à un puzzle géant, dont il faut repérer les pièces dans une multitude de témoignages d’une fiabilité incertaine.

 

Venus des quatre coins du territoire, les témoins convoqués défilent au greffe pendant des semaines. Ils sont intarissables, pour une fois qu’on les écoute, et du magma recueilli il faut ensuite extraire les informations utiles, qui déjà couvrent à elles seules une cinquantaine de pages.

 

Pour séparer le vrai du faux, on procède par groupes. Exemple : 14 personnes sont sommées de répondre à la même liste de 16 questions; puis avec les 224 réponses obtenues, on établit un tableau synoptique pour faire apparaître les divergences et les similitudes entre les diverses allégations.

 

Aussi, parmi les scribes, une impression de saturation excédée se généralise, traduite par une boutade du secrétaire Braun :

 

-Il serait temps de décider si ce foutu caniche est noir à taches blanches ou blanc à taches noires !

 

Enfin les portraits robots sont au point, et l’on procède à leur diffusion, notamment dans la baronie de Fénétrange et au pays de La Petite Pierre, plutôt malfamé, du fait que dans ses massifs forestiers et ses abris sous roches, beaucoup de gitans trouvent refuge.

 

Traduction des «Steckbriefe»

 

«Signalement de la compagnie de Johannes Bany, détenu à Harskirchen et natif d’Obersachs au pays des Grisons :

 

     1ère clique

-Joseph Bany, frère du détenu, se fait passer pour un marchand d’huiles et opérateur d’hernies; âgé d’environ 40 ans, barbu, cheveux noirs, assez petit et trapu, il porte une redingote de lainage gris, un chapeau de feutre noir,  sur le dos un coffre d’onguents, pommades et autres remèdes.

- sa femme, 24 ans, native du pays de Souabe, teint pâle, porte un bonnet à dentelles noires, et une jupe ourlée d’une bande de tissu rouge.

- La sœur de la précédente, 19 ans, également vêtue à la Souabe, porte généralement l’enfant du couple, un bambin âgé de deux ans.

 

Ils sont accompagnés d’un caniche blanc à taches noires.

 

      2ème clique :

- Un grand tsigane de belle prestance, portant une redingote bleue à boutons de laiton, un chapeau noir à ruban d’argent et des chausses de lin. Teint basané, yeux et cheveux noirs, noués en boucle sur les oreilles, petite moustache, il se fait passer pour un ex-soldat de l’Armée impériale.

- Un deuxième tsigane, un peu plus petit et moins noir de teint, dont la tenue, comme celle du précédent, dénote une certaine élégance.

Ces deux individus, probablement d’anciens militaires, parlent le français, l’allemand et la langue tsigane.

- Deux jeunes femmes souabes, 18 et 24 ans, dont l’aînée, probablement la compagne du grand tsigane, porte un bonnet de taffetas bleu à dentelles d’argent.

- Une vieille tsigane, très basanée, laide, vêtue de haillons.

 

 

En somme les deux cliques de «terroristes» n’ont rien de franchement patibulaire, mais les ministres de l’époque entretiennent par leurs ordonnances, la psychose du peuple.

 

Parallèlement aux travaux des scribes de Harskirchen, on procède aussi à des enquêtes sur le terrain. Celle menée à Drulingen, par l’assesseur Schoell, a enrichi le dossier Bany de quelques pièces intéressantes

 

      - Une carte soigneusement exécutée, où les localités de Bockenheim, Lutzelstein et Saverne, sont représentées en place forte, dont la légende est libellée comme suit : «plan approximatif de la situation des villages de part et d’autre de la chaussée de Bockenheim à Phalsbourg, que l’inculpé Johannes Bany et sa compagnie ont parcourus entre le 22 et le 29 novembre 1761» (l’écart de la Roosische Sägemühl correspond sans doute à l’actuel hameau d’Oberhof)

 

       - Un plan du logement de Hans Adam Martzlof, accompagné de légendes explicatives des différents points, désignés par les lettres de l’alphabet. Là aussi, l’itinéraire des voleurs est reproduit en lignes pointillées.

 

Ces documents incitent à aller vérifier sur place, s’il est encore possible de retrouver dans le Drulingen actuel les bâtiments et lieux indiqués sur les plans.

Il semble que oui. Face à la pharmacie, l’ex propriété de Christian Wehrung est assez facilement repérable, celle de Hans Adam Marzlof correspond sans doute à l’actuelle boulangerie près de l’église, et le «Sieweilerweg», se nomme aujourd’hui «chemin du Muhlberg».

 

En conclusion, on peut dire que les fayots de Harskirchen ont fait du beau travail pour se profiler aux yeux de leurs supérieurs. (« Eindruck schinden » disent nos cousins germains).

 

Mais revenons au malheureux héros de cette histoire et aux épreuves qui l’attendent.

 

 

3. Les stations d’un chemin de croix

 

Dans la matinée du 30 novembre 1761, Jean Bany quitte Drulingen sur une charrette à ridelles, les mains liées dans le dos, la tête couverte d’un sac de chanvre.

 

L’escorte est maigre : quelques notables à cheval, quelques paysans armés de vieux mousquets, car depuis pas mal de temps déjà, la milice du Comté s’est délitée.

 

Au passage du convoi, les villageois constatent, surpris, que le brigand sensé avoir terrorisé tout Drulingen, se réduit à un petit tas de misère. Toutefois, de l’avis général «s’il en est là, c’est bien qu’il l’a cherché».

 

A son habitude, les yeux fermés, Bany se réfugie dans la prostration. Car au fond du malheur, là où il n’y a plus rien à espérer ni à craindre, la peur s’apaise.

 

A Harskirchen, la charrette s’arrête à proximité de l’église. Le somnambule est remis aux autorités et conduit à sa cellule, où son regard se fixe sur l’arbre, qui agite ses branches nues derrière les barreaux de la lucarne .On l’avertit de l’interrogatoire du lendemain, puis la porte se ferme sur un claquement de verrou.

 

Allongé sur le grabat, il fixe son attention sur les plaques de salpêtre du mur pour échapper à l’angoisse qui se réveille, et peu à peu, il replonge dans la léthargie. La faculté de s’absenter quand la douleur est trop grande, lui paraît naturelle, il ne s’en étonne pas. Est-ce au cours de son enfance orpheline, que s’est forgée la mystérieuse carapace qui intriguera les médecins et les bourreaux.

 

 

4. Les interrogatoires.

 

Bany n’a aucune notion de ce qui l’attend. Il sait seulement que le monde est devenu hostile, et qu’il y fait de plus en plus froid.

Les sept interrogatoires qu’il subira s’échelonnent entre le 1 décembre 1761 et le 15 juillet 1762. Ils ont pour but, non pas d’établir la vérité, mais de relever les éléments à charge et les pièces à conviction, voire de les fabriquer par interprétation spécieuse ou escamotage de détails, afin de légitimer le verdict aux yeux du monde.

Car le sort du prisonnier est scellé d’avance. Le bon et jovial Wilhelm Heinrich, par la grâce de dieu Comte de Nassau-Saarbruck et Sarrewerden, dénie à l’adolescent le droit à l’existence : pour disperser la racaille et remettre le peuple à la tâche, il est nécessaire de statuer un exemple.

 

Le 4 décembre, neuf soldats arrivent de la capitale pour assurer la surveillance de la prison sous le commandement du caporal Höll. Dans ses bagages, le détachement transporte une cage de fer (eiserner Springer) où, sur ordre du Prince, le criminel doit être enfermé. On pense aux «fillettes du roi», ces cages de fer à pointes cloutées, dans lesquelles Louis XI exposait ses ennemis au château de Plessis les Tours, et qui lui valurent son renom de  cruauté.

Au cours des interrogatoires, Bany parle sous l’emprise de la voix qui ne cesse de le hanter : «où que tu sois, je te trouverai…».

 

Il est né le 30 novembre 1742 à Chalon sur Saône où son père, «Feldscher» ou chirurgien de l’armée était stationné à l’époque. Sa mère est décédée depuis longtemps. Son père, blessé au cours du siège de Berg op Zoom dans les Pays –Bas, est mort des suites de ses blessures à Huningue en Haute Alsace, sur son chemin de retour au pays.

A ce propos, le laissé-passer trouvé sur l’inculpé est établi le 12 août 1761 à Huningue au nom de Joseph Bany et de sa famille, qui s’y sont rendus sans doute, pour recueillir les effets du défunts.

 

Pour pays d’origine, Jean Bany indique le village d’Obersachs dans les Grisons suisses. Aussitôt une demande de renseignements est adressée au bailli d’Obersachs, qui répondra que la famille Bany est inconnue dans la région.

Des métiers, Bany en a exercé plusieurs : valet de ferme en Suisse, artisan, marchand de  porcelaine, porteur d’huiles, et, les neuf derniers mois, marchand de remèdes en association avec son frère.

 

Au sujet du cambriolage, l’orphelin invente une fable : ce soir-là, il revenait d la foire de sainte Catherine de Bouquenom, pour aller rejoindre les siens à Metting.

A l’entrée de Gungwiller; il a rencontré un inconnu qui se disait déserteur de l’armée française, ils ont fait route ensemble jusqu’à Drulingen, où son compagnon l’a saoulé à l’eau de vie au point de lui faire perdre l’esprit. Il ne se souvient donc, ni de l’itinéraire qu’ils ont suivi, ni du délit, s’affirmant innocent du crime dont on le soupçonne.

Les inquisiteurs s’enquièrent des tsiganes, en compagnie desquels le clan Bany a été vu.

-Une rencontre de hasard, dit l’adolescent. Ils sont contrebandiers. Une fois à Metting, ils se sont joints à nous pour boire; une autre fois à Eschbourg, mon frère a joué aux cartes avec eux dans la forêt, c’est tout ce que je sais.

 

«Pour se sortir de ce mauvais pas, notera-t-on, le prévenu recourt au mensonge, et refuse d’en démordre, fût-il confronté aux preuves qui infirment ses dires », conclusion transmise à Sarrebruck, d’où parvient la réponse des experts :

«Au vu du caractère retors et déterminé de l’inculpé, la méthode forte est à envisager pour l’amener aux aveux».

 

L’idée de la torture est donc lancée. Toutefois la prudence (ou plutôt l’hypocrisie) s’impose : il faut éviter toute précipitation et mener l’enquête à son terme, en relançant les appels à témoins dans les localités mentionnées par Bany et en reprenant au pays de la Petite Pierre, la chasse au fantôme du gitan.

 

Enfin, lorsqu’à la chancellerie, devant les nouvelles piles de protocoles, les sous-fifres commencent à perdre patience, le moment est venu, estime le bailli Stutz de passer à la phase suivante.

 

 

5. La torture

 

Le 6 mars 1762, un «récapitulatif» est adressé au gouvernement. Comme cette liste de chefs d’accusation, assortis de preuves (mensonge, espionnage, mode de vie suspect, incitation à la violence etc…) est oiseuse et marquée au sceau de la mauvaise foi, passons à «l’argumentation» finale :

 

«Si le prévenu était un honnête homme marchand de remèdes, il n’aurait été en possession d’un pistolet chargé. Ainsi donc on peut conclure que lui-même est un voleur et un bandit, pour avoir porté sur lui le «Diebsinstrument».

S’il était innocent, pourquoi son frère et sa belle-sœur ne sont-ils pas venus témoigner en sa faveur ?

 

Par conséquent, il faut pousser le prévenu aux aveux, du fait qu’il s’est rendu coupable d’un  «forfait  majeur» (vu la valeur des objets volés), voire d’un «forfait qualifié» (vu le port d’un pistolet armé).

L’ivresse n’est pas une circonstance atténuante, du fait que l’eau de vie était volée, donc consommée après le délit.

 

Un tel vol est punissable de mort.

 

Le délinquant sera donc soumis à la question pour l’amener aux aveux. La torture au 3ème degré est envisagée.

                             Signé : «Stutz»

 

Ce papier est à considérer comme une «humble suggestion» du bailli à ses supérieurs qui, pour d’obscures raisons, ne semblent pas pressés.

 

Le feu vert pour la torture est donné le 14 juin par sentence officielle des «Fürstlich Nassau-Saarbrückische geheim-Direktor, Hof und Regierungsräthe hieselbst» avec la griffe de l’un d’entre eux, Simon.

Il s’agit à présent de choisir le tortionnaire, qui doit disposer d’une expérience suffisante pour ne pas abîmer le client au point de le rendre inutilisable avant les aveux. D’abord on opte pour Johann Peter Hermann, le bourreau de Schopperten, avant de se raviser au profit du bourreau Rein de Sarrebruck.

 

Le 18 juin, Bany est avisé de la résolution .Une fois de plus il clame son innocence.

Le lundi matin, 22 juin, Rein arrive à Harskirchen avec son attirail, qu’il va mettre en place dans un local de l’Hôtel de Ville, où vient le rejoindre son collègue de Lorentzen.

Pendant ce temps, Bany est conduit à la chancellerie, où l’attendent le bailli Stutz, l’assesseur Schoell, le secrétaire Braun, ainsi que les échevins Jacob Muller et Hans Nickel Karcher de Harskirchen.

Les 11 questions  qui lui seront posées, sont sa dernière chance de s’épargner par une confession les instruments de la torture.

 

Pourtant, bien qu’averti de l’enjeu, il persiste dans ses dénégations.

 

Il est donc mené dans la salle de torture, où les médecins-chirurgiens Louis et Gustav Dern viennent rejoindre la commission, pour intervenir en cas de besoin.

 

La question au premier degré commence par l’épreuve des «Daumenschrauben» : placés entre les mâchoires de deux étaux, les pouces sont écrasés progressivement par quelques tours de vis. S’attendant aux réactions habituelles, le bourreau est médusé, car Bany, les yeux clos, ne hurle, ni ne se débat.

Au bout d’un moment, sans avoir proféré un son, il semble tomber en pâmoison. Rein desserre les vis, de plus en plus éberlué par l’absence de réaction du patient.

Après une pause exigée par Louis Dern, qui est aussi «Stadtschultheiss» de Harskirchen, Rein applique les «Schniere» ou lanières de cuir, à l’aide desquelles les bras sont garrottés. Le supplicié reste immobile et muet, comme si l’évanouissement, que l’on estime feint, était réel.

 

Dans la salle, le silence est oppressant, autant que le tableau du petit gars aux yeux clos, qui, ligoté sur une chaise spécialement aménagée, a l’air d’un enfant malade.

 

Après deux minutes de garrots, les médecins examinent le pouls et déclarent l’évanouissement simulé.

 

Donc, re-belote. Les lanières de cuir sont resserrées pour réduire encore davantage la circulation du sang. Bany serre les dents, les yeux obstinément clos, et lorsqu’on asperge d’eau le visage, il a des soubresauts, donc pas de perte totale de conscience.

 

Après une pause de trois minutes, la torture reprend pour trois minutes d’éternité de souffrance, et toujours rien, ni cris, ni aveux.

 

Les médecins et Rein vont se consulter dans la pièce attenante. Ils concluent que, vu la faiblesse du patient, il est nécessaire de lui accorder une demi-heure de répit. On le détache pour l’étendre par terre.

 

C’est sur cette note que s’arrête le procès verbal, signé par les deux échevins et accompagné de l’attestation des deux médecins : «la torture a dû être interrompue jusqu’à nouvel ordre».

 

Cela ne signifie pas pour autant que la clémence va pouvoir jouer un rôle désormais dans la politique! Mais Dern interviendra pour interdire dorénavant l’utilisation des fers qui, jusque là, encerclant les poignées et les chevilles du malheureux, l’enchaînaient chaque soir à son grabat et transformaient ses nuits en calvaire.

 

Le lendemain, au procès verbal destiné à leurs Excellences, le bailli prend le risque d’ajouter quelques timides observations sur la nécessité d’une pause de quelques jours avant le passage au 2ème degré, et sur le doute qui assaille les témoins du supplice : la torture peut-elle être efficace sur des individus qui, comme le prévenu, sont sujets aux convulsions et manifestent une grand détermination ?

La réponse arrive promptement : ordre de s’enquérir si le prévenu souffre d’épilepsie ou s’il est drogué, puis appliquer le 2ème degré.

 

Stutz, qui sait lire entre les lignes, se dit que les scrupules ne servent à rien, sinon à nuire à sa carrière.

 

Louis Dern toutefois, estime que, vu l’état du supplicié, la médecine a son mot à dire. Les bras tuméfiés de Bany, sont couverts d’ecchymoses et de plaies, ses pouces sont écrabouillés. Pour l’instant il faut soigner tout ça pour éviter la septicémie.

 

Au bout de trois semaines, le 13 juillet, il signale que les plaies sont en voie de guérison. Selon les déclarations du geôlier, le prévenu n’a jamais donné de signes d’épilepsie, et après perquisition de la cellule et fouille du prisonnier, on affirme n’avoir trouvé nulle trace de drogue.

Dès lors, la reprise de la torture et fixée au surlendemain.

 

La question au 2ème degré.

 

Le 15 juillet, à la chancellerie, le cérémonial se répète à l’identique, un rituel surréaliste, où l’obstiné reste fidèle à son rôle.

 

-Non, dit-il encore et toujours.

 

Dans la salle de torture, le bourreau lui présent les nouveaux instruments, «bottes espagnoles» et monte-charge à poulie, avec lesquels, s’il ne cède pas, il va pouvoir faire plus ample connaissance.

 

Et une fois de plus, rétracté et taciturne, l’anti-héros fera preuve d’héroïsme. Sa crainte du gitan suffit-elle à expliquer une telle endurance ? Ce secret-là, Bany ne le livrera jamais.

 

Le jour se lève à peine, car cette fois la séance débute à 4 h du matin, et l’aube incertaine et sans promesses contribuera peut-être à fragiliser les défenses de l’incompris.

 

Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Il subit pendant 9 minutes l’écrasement de ses pouces aux ongles arrachés, sans autre résultat que deux petites flaques de sang sur le plancher.

 

Après 9 minutes de pause, c’est le tour des bottes espagnoles, étaux conçus pour l’écrasement des pieds, auxquels Rein donne quelques tours de vis énergiques. En tressaillant, Bany ouvre les yeux, pousse un profond soupir (innerlich tief geseufzet), puis en silence, ses paupières retombent.

 

Durée de la procédure : 17 minutes en tout, encore un bout d’éternité chronomètrée, tout bruissant d’exhortations que l’évadé n’entend pas.

 

Enfin le supplicié est soumis à une variante de l’estrapade : les pieds fixés au plancher, les poignets à la corde de la poulie, il est étiré pendant 16 minutes, tenu à l’œil par le bourreau, qui veille à ne pas lui déboîter trop vite les articulations ;

 

Ensuite, les pieds libérés, il se retrouve suspendu à quelques toises du sol, le poids du corps exerçant sur les bras une tension qui devient insoutenable.

 

Alors, en même temps que ses os, la volonté de Bany craque. Il hurle, il supplie, il jure de tout dire.

 

Tandis que Rein lui délie les poignets, les échevins soutiennent à bras le corps la carcasse désarticulée, qu’ils vont poser sur une chaise, car Bany ne tient plus sur ses pieds et n’en retrouvera pas l’usage de sitôt.

 

Publié dans HISTOIRE LOCALE

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