SURVOL HISTORIQUE DE DIEDENDORF 1ere partie

Publié le par lichty lilly

Le « Kohllacherbrunnen »

 

Vers 1750, le comte Guillaume Henri de Nassau-Saarbrück fonde le hameau du Neuwyerhof : construction de quelques fermes seigneuriales, d’un «château» qui lui sert de rendez-vous de chasse, et d’un petit établissement thermal, afin de permettre à ses hôtes de bénéficier des sources d’eau minérale, dont le domaine abonde.

L’une de ces sources est le «Kohllacherbrunnen», situé sur la rive droite du Weyerbach, à hauteur de l’auberge de l’écluse 16. Le Comte fait capter ses eaux dans un bassin de maçonnerie circulaire de près de deux mètres de diamètre et trois mètres de profondeur.

Se dissimulant aujourd’hui dans un taillis marécageux, la source déverse son trop plein dans un fossé qui rejoint le Weyerbach. En raison de sa forte concentration en sels minéraux, son eau ferrugineuse est estimée impropre à la consommation par les critères actuels de potabilité.

 

 

La tombe du Russe

 

En lisière de la foret de Bonnefontaine, dans le canton dit «Russeküpp», se dresse une stèle de grès, qui, sous une croix orthodoxe gravée dans la pierre, porte l’inscription suivante : «Ein Russe, 181»

Lorsqu’en 1814 des troupes russes, qui talonnaient ce qu il restait de la «Grande Armée de Napoléon», traversèrent notre région, quelques déserteurs quittèrent les rangs pour aller se réfugier dans le massif forestier de Bonnefontaine.

En 1815, soupçonné à tort d’avoir volé du linge, l’un d’eux fut abattu près du Weyerbach par le garde forestier Jäckel, et ce drame fit entrer le Russe dans la légende.

 

 

Les bornes de la «Grenztranchée» ou tranchée frontalière

 

Taillée en lignes quasi droites à travers le vaste massif forestier, qui s’étend entre Harskirchen et Sarrebourg, cette tranchée, longue d’environ trois kilomètres, matérialise aujourd’hui la limite banale Diedendorf-Niederstinzel, et départementale Bas-Rhin-Moselle.

Les bornes, qui la jalonnent, témoignent de l’ancienneté de cette ligne de démarcation qui, entre 1766 et 1792, fut même frontière d’état entre la France et l’Allemagne.

 

Les pierres bornes de 1533

 

Grâce à l’isolement du lieu et à la protection végétale, trois de ces pierres se sont conservées sur la tranchée frontalière. Elle furent érigées quelques années après le rattachement du comté de Sarrewerden à la maison comtale des Nassau-Sarrebrück. Ce rattachement est contesté par l’évêché de Metz, qui fait planer sur le comté de Sarrewerden une menace d’annexion à la Lorraine, et les bornes seront implantées afin de renforcer le caractère sacré d’une frontière devenue fragile.

 

 

Les pierres bornes de 1767

 

En 1766, la Lorraine est rattachée à la France, à la suite de quoi des pourparlers ont lieu entre Louis XV et le comte de Nassau Sarrewerden pour l’aménagement et la rectification de la frontière, qui sera systématiquement abornée.

Au nombre de 23 le long de la «Grenztranchée», ces pierres portent d’un côté  la «Wolfsangel» ou «piège à loups»,  du comté de Sarrewerden, et de l’autre côté la fleur de lys du royaume de France, qui subira le sort de tous les symboles de l’Ancien Régime : à la Révolution, les fleurs de lys seront fracassées à coups de marteau, pour effacer toute trace de la royauté. Cependant les contours de l’emblème se devinent encore sur certaines pierres de la tranchée.

 

 

La vieille cloche de Diedendorf

 

«Génératrices d’harmonie, les vibrations des cloches modèlent et transfigurent l’âme de nos villages» dit le poète.

Si tel est le cas, le village de Diedendorf dispose d’une source d’harmonie aussi remarquable que méconnue. En effet, la plus ancienne de nos deux cloches, dont la valeur exceptionnelle fut signalée au public en 1959, pour ensuite retomber dans l’oubli, est coulée dans un métal si pur qu’elle a résisté aux aléas d’un demi-millénaire.

 

Nous nous proposons ici de rappeler à la mémoire la publication faite à son sujet en 1959, puis d’aborder une énigme non-résolue : dans quelles circonstances et par quel itinéraire, cette cloche est-elle arrivée à Diedendorf.

 

Première enquête : lors des deux dernières guerres mondiales, des experts sont chargés de l’inventaire des cloches en vue de leur réquisition. Bon nombre d’entr’ elles finiront dans les usines d’armement, mais la vieille cloche de Diedendorf est épargnée .En raison de sa valeur archéologique, elle est jugée trop précieuse pour être transformée en mitraille. Toutefois, faute de plus amples investigations, elle garde son secret.

Dans les années 1950, Jean Schlumberger, le maire du village féru d’histoire, prend enfin l’initiative de lever ce mystère avec le concours de l’historien Alphonse Wollbrett de Saverne. Les résultats de leur enquête sont publiés dans un article des dernières nouvelles en date du 8 février 1959 : «la hauteur et le diamètre de la cloche sont d’un mètre environ. Sa couronne est entourée d’une inscription latine, en minuscules de style gothique tardif : ave maria gracia plena dominus te cum benedicta tu in mulieribus et benedictus fructus ventris tui .Abatisa margreta.»

Cette prière à la Sainte Vierge fournit l’une des indications qui permettent aux enquêteurs d’évaluer l’âge de la cloche. En effet, comme la dernière partie de la prière (Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour  nous pauvres pécheurs …etc) n’y figure pas, on peut en déduire que la cloche est antérieure au 16ème siècle au cours duquel cet appendice fut ajouté à l’Ave Maria.

Quant à l’Abatisa margreta, elle est la marraine ou donatrice de la cloche, abbesse ou Mère Supérieure d’un monastère non indiqué, voué sans doute au culte de la Sainte Vierge. Il faut ajouter qu’au 15ème siècle, ce culte prend une ampleur particulière dans notre région, notamment grâce à l’introduction de l’Ave-Lauten.

Mais revenons au descriptif de la cloche. Ses flancs s’évasent en une courbe très fluide vers un bord que les siècles ont ébréché par endroits. En dessous de la couronne est représentée une scène de la crucifixion (16cm/8,5cm) en partie abîmée, car la tête et le torse du Christ ont été martelés.

A ce propos, Wollbrett émet l’hypothèse de vandalisme révolutionnaire, mais cette déprédation pourrait être imputée aussi au purisme calviniste du pasteur Samuel de Perroudet, nommé à Diedendorf en 1698 : «tu ne dois pas te faire une image de ton Dieu».

Enfin, au-dessus du tableau de la crucifixion, dans un médaillon de quelques centimètres de diamètre, Saint Sébastien se fait larder de flèches par deux archers. C’est lui que l’on invoquait contre les maladies contagieuses qui décimaient les populations du Moyen-Age, si bien que la cloche était censée répercuter la prière à Saint Sébastien à une  époque où la peste continuait de sévir.

En résumé, au vu des indices recueillis, Wollbrett formule la conclusion suivante : la vieille cloche de Diededndorf est contemporaine de la «Gloria Glocke» de Saverne, c’est-à-dire qu’elle date de la deuxième moitié du X ème siècle.

Il reste à déterminer son origine à l’aide d’un indice unique, l’Abatisa Margreta qu ‘il s’agit d’identifier. Pragmatiques, les enquêteurs commencent par étudier les documents relatifs à l’unique abbaye située dans le comté de Sarrewerden. Eureka ! Voilà Margreta von der Ecken, abbesse de l’ancien abbaye de Herbitzheim et issue d’une famille patricienne de Sarrebrück, qui compte parmi les vassaux des Nassau. Elle est mentionnée en 1463 dans un acte de donation à son couvent, où elle finira ses jours en 1490. En outre, l’abbaye de Herbitzheim, dont les sujets sont nommés «Marienleute», et les métairies «Marienhöfe», est effectivement vouée à la Sainte Vierge.

La marraine de la cloche de Diedendorf s’appelle donc Margreta von der Ecken , aucun doute là-dessus pour Wollbrett qui conclue :

«Il existe par conséquent un rapport étroit entre la cloche et l’abbaye de Herbitzheim, à laquelle elle était destinée à l’origine, mais nous ne détenons aucune information supplémentaire à ce sujet. Diedendorf possède donc une des plus anciennes cloches du Val de Sarre, un authentique monument historique»

Précisons à ce propos que la précieuse cloche dédiée à la Sainte Vierge a probablement passé les deux premiers siècles de son existence dans le clocher depuis longtemps disparu de l’église conventuelle de Herbitzheim. C’est donc elle sans doute qui sonna le tocsin en 1525 lors de la Guerre des Rustauds lorsque ceux-ci tentèrent d’investir le couvent.

Les investigations de 1959 n’ont donc élucidé qu’une partie de l’énigme puisque le pourquoi, le quand et le comment de son arrivée dans la petite église de Diedendorf n’ont jamais été révélés. Quant aux archives paroissiales, elles sont restées d’une étrange discrétion : «cloche : une» se contente de noter l’inventaire des bâtiments et mobiliers de l’église en juillet 1748.

Pourtant les ouvrages de nos historiens régionaux du XIX ème siècle fournissent une foule de données quasi romanesques sur les aventures d’une cloche en provenance justement de l’abbaye de Herbitzheim.

 

 

Traces et pistes dans l’histoire régionale.

 

I. Quand les cloches s’envolent à Strasbourg

 

Pour une meilleure compréhension de cette histoire compliquée, il faut se reporter au XVII ème siècle, l’un des plus calamiteux de l’Histoire, au cours duquel le comté de Sarrewerden subira non seulement les effets de la Guerre de Trente Ans et des guerres de Louis XIV, mais aussi l’occupation par la Lorraine (1629-1670) et la répression religieuse qui s’en suit pour les protestants.

Après 1648, les villages désertés se repeuplent peu à peu, mais dès les années 1650, les passages de troupes de Louis XIV provoquent des levées de contributions qui replongent le pays dans la ruine.

C’est dans ce contexte que les cloches de nos villages vont s’envoler, non pas pour revenir guillerettes, le dimanche de Pâques, mais pour être vendues à Strasbourg. Car pour les communes exsangues, la vente des cloches est le seul moyen de faire face aux impositions.

Voici quelques exemples extraits du «Tabellionage de Bouquenom» (en dépôt aux A.D. de Metz).

 

Acte du 03 11 1652

 

Les maires de Sarrewerden ,Wolfskirchen, Ottwiller, Lorentzen, Berg, Thal, au nom des villages du Comté, donnent procuration au sieur Charles de Boussey, gouverneur de Bouquenom, pour vendre deux cloches à Strasbourg ou ailleurs.

 

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Acte du 24 11 1652

 

 

Longue liste de maires et échevins du Comté, qui donnent procuration à Charles de Boussey et à Jeanne Eve Streiff von Lauenstein, châtelaine à Diedendorf ,pour deux cloches de Berg-Thal, villages actuellement ruinés, à transporter à Strasbourg pour payer une contribution exceptionnelle. Les cloches sont estimées à 140 Sonnencronen.

 

Acte du 18 03 1653

 

Les notables (dix noms) ,au nom des bourgeois de Bouquenom, donnent procuration à l’échevin Jean-Pierre Schneider pour se rendre à Strasbourg ou ailleurs afin d’y vendre une cloche appartenant aux bourgeois.

 

Acte du 03 05 1653

 

Le gouverneur M. de Boussey donne autorisation aux habitants de Diedendorf d’engager une cloche de 400 livres environ, afin de pourvoir à leur cote-part pour le paiement de la subsistance de la compagnie franche irlandaise logée à Bouquenom, et de celle de M. Saintoin.

Jean-Georges Muller, Jacob Ziegler et Jean Kutscher rachètent la cloche et avancent la somme.

 

Acte du 09 07 1653

 

M. de Malaincourt, intendant de la justice, police et finance à Bitche, autorise les RRPP Jésuites de Bouquenom de vendre une cloche du monastère de Herbitzheim de 1500 livres, «pour estre les deniers en provenants employés au plus grandes nécessités de leur maison et collège dudit Bouquenom.

Signé R.P.Pierre Nicolas dudit collège.»

 

Acte du 21 10 1655

 

Jean-Georges Muller Jacques Ziegler et Jean Kutscher (il s’agit du cocher de la châtelaine, qui en fait s’appelle Daub ) de Diedendorf, demandent l’autorisation d’engager la cloche de leur village. Autorisés, ils vendent la cloche à des juifs de Bouxwiller pour 57 risdallers.

 

Acte 05 11 1657

 

Les maires, échevins et notables de Bouquenom, au nom de la bourgeoisie, font les comptes avec la veuve Spielmann de Strasbourg : sur les 150 risdallers empruntés, il reste à payer 1 risdaller et 66 kreuzers après cession de la cloche. 

A ces actes notariés, il faut ajouter un acte de justice découvert récemment aux archives départementales du Bas-Rhin : le 21 04 1687, la communauté de Diedendorf exige des descendants de Jean Georges Muller, la restitution de la cloche.

L’issue de cette affaire n’est pas indiquée…

 

 

Publié dans HISTOIRE LOCALE

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