SURVOL HISTORIQUE DE DIEDENDORF 2eme partie

Publié le par lichty lilly

II. Polémique au XIX ème siècle : la cloche des jésuites

 

C’est grâce à cette polémique entre le pasteur Gustav Matthis et le curé Levy que la cloche de Herbitzheim revint sur scène, après une des longues éclipses qui la caractérisent.

La version du pasteur : dans son traité virulent sur les souffrances des protestants dans le comté de Sarrewerden (1888), G. Matthis, pasteur à Eywiller, se réfère, entre autres documents, au «Mémorial» que le bailli nassovien Scheid adresse au comte de Nassau-Saarbrück en 1670.

Il faut savoir que par décret de la chambre impériale du 14 07 1670, le comté de Sarrewerden fut restitué aux Nassau. En conséquence, les Pères Jésuites sont expulsés des églises de la prévôté de Herbitzheim, qu’ils se hâtent de vider, afin de ne pas tout perdre .

Or Scheid évoque dans son «Mémorial», la tentative avortée des Jésuites pour vendre à Strasbourg, la cloche de l’ancienne abbaye, tentative qui a eu lieu en 1653, alors que Matthis commet l’erreur de la situer en 1670 (cf acte du 09 07 1653).

Bien entendu, le tableau que brosse Matthis ne relève pas de l’histoire, mais du persiflage ; écoutons le : «par mesure de prudence, avec armes et bagages, les Révérends Pères évacuèrent donc prestement les églises de Herbitzheim, Keskastel et Oermingen, dont pourtant ils s’étaient proclamés les propriétaires ». Sur la base d’un document authentique, reportons-nous en ces journées là pour assister au déménagement : des chariots chargés de croix, de drapeaux, de ciboires, encensoirs et calices quittent les villages de la prévôté pour se diriger vers Bouquenom où se trouve leur collège. L’un des chariots semble particulièrement lourd. Dans les montées, le petit cheval peine, ahane, soupire, si bien qu’on est pris de soupçons. Approchons nous pour examiner le chargement mystérieux, caché sous les plis d’un étendard à agneau et croix. Que cherche-t-on donc à dissimuler ainsi ? C’est…la cloche de Herbitzheim. Elle sera conduite à Strasbourg pour y être vendue son pesant d’argent. « Ad majorem dei gloriam ».

En P.S à ces insinuations, le pasteur ajoute qu’informé à temps du vol de la cloche, le gouvernement nassovien la fit saisir dès son arrivée à Strasbourg pour la mettre à l’abri dans la demeure su Staedtmeister Wurmser, où elle se trouvait en 1670, lorsque Scheid s’enquit auprès du Comte sur ce qu’il convenait d’en faire.

Il faut rappeler qu’au temps de l’occupation Lorraine du comté, le Jésuite était la bête noire des pasteurs protestants à cause de son habileté à s’infiltrer dans leur troupeau pour en débaucher les brebis. Chez Matthis, cette hargne a survécu comme elle survit chez tous ceux qui persistent à dénoncer avec fanatisme, le fanatisme de leur prochain.

La version du curé : dans son «Histoire de la ville de Sarre-Union» parue dix ans après l’ouvrage de Matthis.

Joseph Lévy, curé à Lorentzen, assume son rôle de «mule du Pape»  dans le chapitre consacré à la cloche de Herbitzheim. Il s’agit de laver les Révérends- Pères de tout soupçon de malhonnêteté, et de donner à l’adversaire, un coup de pied en passant, en l’accusant de calomnies et en se gaussant du tableau «basé sur un document authentique», à propos duquel Matthis s’est emmêlé les pinceaux.

C’est bien envoyé, et vu la vanité des gens de lettres, le coup à du porter.

Par ailleurs on aimerait pouvoir remercier M. le curé pour les renseignements précieux que son zèle de défenseur d’une juste cause a réussi à collecter sur la cloche.

Selon Lévy, voici donc les détails de l’âpre combat, auquel les Jésuites se livrèrent pour récupérer ce qu ‘ils estimaient être leur dû.

 

 

III. La cloche de  Herbitzheim, vedette européenne

 

Dès sa saisie à Strasbourg en 1653, les Révérends Pères font part de l’incident à Henri de Romécourt, intendant de Lorraine, domicilié à Bitche.

Le 05 07 1653, Romécourt adresse au sénat de Strasbourg, le message suivant :

«Lorsque récemment les Révérends-Pères de Bouquenom firent livrer en votre cité ,une cloche de l’ancien monastère de Herbitzheim, on en fit interdire la vente. 

Or, j’atteste que le duc de Lorraine a fait don aux Jésuites des biens et revenus de cette fondation monastique ; par conséquent, la dite cloche leur appartient en exclusivité. Je vous prie donc de ne plus faire obstacle à la transaction envisagée.»

Le 06 07 1653 les strasbourgeois répondent : «avant de pouvoir restituer la cloche, nous devons en référer à MM les comtes de Nassau et attendre leur résolution. Pour ce qui nous concerne, nous désirons maintenir des relations de bonne entente avec vous, vos sujets et son Altesse de Lorraine »

Signé le Consul et le sénat de la République de Strasbourg.

 

Le 01 08 1653 : deuxième lettre de Romécourt au Sénat : «il y a peu, je vous ai entretenu de la cloche appartenant aux Jésuites. Je vous prie de satisfaire mes justes doléances ou de me communiquer les raisons de votre refus, afin que je puisse en informer Son Altesse.»

A la même époque, le Père Jésuite Desiderius Lupius de Bouquenom adresse une lettre de protestation à Léopold 1, empereur du Saint Empire Romain Germanique, apparemment sans succès, puisqu’en 1661 Lupius écrit au Révérend  Père Thomas Ambrosius Graff à Vienne, en vue d’obtenir son intercession auprès de Léopold .

Enfin sa majesté daigne répondre : «Nous ordonnons que la cloche soit gardée sous séquestre jusqu’à proclamation ultérieure de notre Impériale résolution et ordonnance».

En 1669, le litige est porté devant la Diète de Regensburg; mais les délégués tergiversent et l’affaire est renvoyée aux calendes grecques.

En 1691, le R.P Jésuite Hermann Klepp de Strasbourg informe par lettre  le Supérieur du Collège de Bouquenom  :les comtes de Nassau maintiennent leur prétentions du fait que la prévôté de Herbitzheim leur appartient.

En avril 1709 enfin, lors d’une «Konferenz»à Sarralbe, la question est soulevée une ultime fois : quel sera le sort de cette satanée cloche, que l’on se dispute depuis un bon demi-siècle ?

Et Levy conclut : «nous ignorons si les Jésuites, en propriétaires légitimes de la vieille église conventuelle de Herbitzheim, ont finalement obtenu ou non leur bien, ou du moins un dédommagement. Ce qu’en revanche nous savons, c’est que tout propriétaire est en droit de revendiquer ce qui lui appartient ! Res clamat ad dominum !»

 

IV. Le statut de la prévôté de Herbitzheim

 

A propos de ce statut, interprété différemment par les deux parties du litige, prenons comme arbitre le Dr .F. Cuny, professeur au séminaire épiscopal de Montigny, que l’on ne saurait accuser de partialité et dont l’analyse magistrale et documentée aboutit à la conclusion suivante :

Dès le Moyen-Age, les comtes de Nassau-Saarbrück sont investis par l’évêque de Metz de la charge d’avoués de Herbitzheim. Ils se serviront de cette charge pour étendre peu à peu leurs prérogatives et possessions territoriales, notamment en choisissant les abbesses du monastère au sein de leur cour vassale.

C’est ainsi qu’en 1544, sous l’influence des idées de la réforme, l’abbesse Amalia von Altdorf, dite Wollenschlägerin, transmet la souveraineté territoriale ,avec tous les revenus et dépendances, au comte Johann Ludwig de Nassau-sarrebrück, «  in erblich volkommener Verwaltung».

Les différends qui en résultent avec La Lorraine, sont réglés en 1581 et en 1621 par des traités assortis de compensations. Dès lors, les Nassau-Saarbrück détiennent la souveraineté sans partage sur la prévôté de Herbitzheim.

 

 

V. Conclusion : une Hypothèse qui frôle la certitude

 

A la suite de cet exposé, la question qui nous intéresse, se formule plus clairement : la cloche de Diedendorf, dont l’itinéraire reste incertain ,correspond-elle ou non à la cloche des Jésuites, qui a mystérieusement disparue ? En l’absence de documents qui attesteraient ou infirmeraient cette identité, nous ne sommes pas en mesure de trancher. Nous nous limiterons donc à fournir les indices supplémentaires qui renforcent l’hypothèse de l’identité. Rappelons qu’en 1670, la cloche des Jésuites est localisée à Strasbourg chez le Stettmeister Wurmser ou Wormser, et qu’ensuite sa trace se perd. Cette même année, le comté de Sarrewerden est rendu aux Nassau, à l’exception de l’enclave lorraine de Bouquenom-Sarrewerden, dont les Jésuites conservent le collège et la collégiale.

Cependant, le rêve de paix reste une utopie : les passages de troupes et les levées de contributions se poursuivent, et l’appétit de conquête de Louis XIV, qui s’est lancé dans la guerre de Hollande, ne présage rien de bon. En effet, dès 1681, la ville de Strasbourg est rattachée à la France, ainsi que les possessions des Nassau, qui ne seront restituées qu’en 1697. En outre, la Contre-Réforme vient attiser le conflit entre catholiques et protestants. Face à cette situation, on peut imaginer que des mesures furent prises pour soustraire la cloche de Herbitzheim , devenue symbole de résistance, aux menées des Jésuites toujours à l’affût.

Or, il existe un lieu qu’une frappante convergence d’indices relie à l’aventure «clochemerlesque» : c’est le château des Streiff von Lauenstein à Diedendorf.

En effet, la châtelaine Jeanne Eve Streiff, dite colonelle, est la fille de Philipp Thibaut Streiff, l’ancien prévôt de Herbitzheim.

En outre, Jeanne Eve est également la sœur de Marie Elisabeth Streiff, l’épouse de Charles de Boussey qui, comme nous l’avons vu, est souvent mandaté par les villages du Comté pour négocier la vente des cloches, de concert parfois avec la colonelle.

D’autre part, les Streiff sont apparentés à la famille patricienne des Wurmser , puisqu’en 1607 a lieu à Bouquenom, le mariage de l’écuyer Nicolas Louis Wurmser avec la demoiselle Marie Streiff von Lauenstein. A propos de cette parenté, notons également qu ‘en 1684, les Wurmser sont propriétaires de la maison noble des Streiff à Bouquenom.

Enfin, l’église des ruines de Diedendorf, dont la cloche, rappelons-le, fut vendue à des juifs de Bouxwiller, sera reconstruite en 1700 sous l’église d’Otto Eberhard Streiff, le fils de la colonelle.

En raison de ces données, l’hypothèse du transfert de la cloche de la maison Wurmser au château de Diedendorf gagne en logique et en vraisemblance. Opérer le transfert sous le sceau du secret, c’était une mesure sage, puisqu’elle servait la paix. Les comtes de Nassau ne pouvaient donc qu’y souscrire. Car pour mettre enfin un terme à la querelle, le meilleur moyen n’était-il pas, non pas de trancher au détriment de l’un des partis, mais de faire disparaître l’objet de convoitise? Lorsqu’en 1709, les Pères Jésuites s’interrogeaient à Sarralbe sur le devenir de leur cloche, il est hautement probable «mit an- Sicherheit grenzender Warscheinlichkeit», diraient nos cousins germains -qu’à ce moment-là celle-ci avait retrouvé sa fonction depuis 9 ans déjà dans le clocher de Diedendorf, où, trois siècles plus tard, les mânes du châtelain Streiff et du Pasteur Perroudet continuent de veiller sur elle.

 

 

 

                            DIEDENDORF, SURVOL HISTORIQUE

 

 

I. Les francs succèdent aux gallo-Romains

 

Comme bon nombre de villages d’Alsace Bossue, Diedendorf est fondé par les Francs, qui, venus de Germanie, occupent le pays au cours des «grandes invasions».

Dans les chartes de l’abbaye de Wissembourg, le village est mentionné pour la première fois en 699 sous l’appellation «in villa Didinneschaime» (1). Sa petite église, située sur la rive droite de la Sarre, dans les prés en contrebas du pont, est l’un des premiers sanctuaires chrétiens du val de Sarre (2). De dimensions modestes (environ 11m sur 15m), elle s’élevait sur l’emplacement d’un sanctuaire gallo-romain, dont les vestiges (statues mutilées, sommet d’autel, etc..) furent retrouvés près du moulin au fond de la rivière lors du dragage de la Sarre en 1954.

A cette occasion, un deuxième site gallo-romain fut découvert en aval, au lieu-dit, « Holzwinkel», où l’on retira de la vase, à 3 m de fond, les blocs d’un grand bas-relief et les fragments d’une statue de Jupiter (3).

 

II. Le Moyen-Age

 

A partir du X ème siècle environ, se développe en Europe, le morcellement politique, qui aboutit à la formation de petits états tels que le comté de Sarrewerden, rattaché au Saint-Empire Romain Germanique.

Dans les documents de l’époque, le nom du village est cité dans sa forme actuelle, avec quelques variantes orthographiques : Dendendorf, Dietendorf, Diedendorff, dérivé du prénom franc Dito ou Dido.

Vers 1350, le comté de Sarrewerden et ses chevaliers y possèdent des fermes seigneuriales, qui leur servent de gîte lors de leurs parties de chasse dans le «Miederswald», ancien nom de la foret de Bonne-Fontaine.

Un registre des contribuables du Comté, rédigé vers 1450, dénombre à Diedendorf une quinzaine de familles : «Cunrat und sein Erben, Ottemans Erben, Reckels Erben, der Muller…. »etc. (4)Pas trace encore de noms patronymiques pour les serfs et les manants.

 

III.Au siècle de la Renaissance

 

En 1542 a lieu un recensement de la population du Comté, la «Türkenschazung», en vue d’une levée d’impôt, destinée à financer la guerre contre les Turcs. (5) Or ce recensement ne mentionne ni Diedendorf, ni Altwiller, Burbach, Eywiller, Goerlingen, Kirrberg , Rauwiller. Cela signifie que ces villages sont ruinés et déserts, à la suite de calamités sur lesquelles les archives restent muettes.

Vers 1557, la population du Comté ayant adhéré à la réforme, le luthérianisme y devient religion d’état. C’est pourquoi, en 1559, les sept villages abandonnés seront mis à disposition d’un flot de huguenots du pays messin, du Saulnois, de Champagne et d’ailleurs à la recherche d’une terre d’asile.

Soutenus par le gouvernement qui leur accorde son aide, les nouveaux-venus reconstruiront les villages (désormais appelés «welches») sur le modèle de leur province d’origine. Ainsi Diedendorf prend l’air d’un «village-rue» de type lorrain, aux façades accolées, précédées d’un large usoir communal.

En même temps le bailli Jean Streiff de Lauenstein, auquel le Comte a donné en fief une métairie et une partie des terres du ban, entreprend la construction d’un petit château, dont le gros -œuvre sera terminé en 1577.

La première église connue, située dans la localité même, date de 1588; mais on suppose qu’elle fut  précédée d’une construction antérieure, détruite avant 1523 comme le reste du village, dont une partie des habitants se sont probablement réfugiés à Wolfskirchen pour rester à portée de bêche et pioche.

Cela expliquerait pourquoi Diedendorf, contrairement aux autres villages Welches, n’a pas été repeuplé exclusivement par les huguenots : ici la propriété foncière est restée en grande partie aux mains des luthériens, qui reviennent s’installer sur leurs terres. Il s’en suivra une «guerre de religion» d’un genre particulier, menée à coup d’insultes et de vexations entre les autochtones soutenus par l’Eglise d’Etat, et les «Hergeloffene» protégés par le Bailli. Les derniers échos de cette animosité seront encore perceptibles à Diedendorf dans les premières décennies du XXème siècle.

 

 

IV .Le 17ème siècle : guerres, misères et chaos

 

En 1629, le Comté est occupé par la Lorraine, qui entreprend une politique de répression religieuse en chassant les pasteurs et en fermant les écoles. Puis, à partir de 1635, la Guerre de Trente Ans (1618-1648) vient ravager la contrée , que traversent à intervalles des hordes de mercenaires. Impériaux, Lorrains, Croates, Français, Allemands, Suédois, ils détruisent tout sur leur passage, qu’ils soient de camp adverse ou alliés. A leur approche, les habitants se réfugient dans les bois ou les bourgs fortifiés, rentrent chez eux par temps d’accalmie pour réparer les dégâts, reprennent la fuite, retrouvent leurs maisons incendiées, leurs récoltes piétinées et finissent par quitter le pays.

Après plusieurs années de désertification, le village se repeuple au compte-goutte à partir de 1644. Après le traité de Westphalie (1648), on reprend espoir, mais la trêve sera de courte durée : nouveaux mouvements de troupes, causés par les guerres de Louis XIV, qui a des visées sur la Lorraine, l’Alsace et le Palatinat. Le Comté est saigné à blanc par d’incessantes levées de «contributions de guerre» en nature et en argent, et finalement annexé à la France en 1679.

Comme le pays tarde à se relever de sa ruine, du fait que les exilés hésitent à revenir, Louis XIV finit par y instaurer la liberté de culte, alors qu’en France l’Edit de Nantes est révoqué. Ces mesures contradictoires provoquent l’arrivée d’une deuxième vague de huguenots, plus faible toutefois que celle de 1559. A  Diedendorf les familles Jouin (Schwing) de Metz, et Lamy (originaires du Barrois) viennent grossir le troupeau des  «revenants».

Le comté de Sarrewerden est restitué à l’Empire Germanique en 1697, par le traité de Ryswick, qui enfin rétablit la paix. L’année suivante, pour hâter le retour à une vie normale, la fabrique d’église, qui dans la débâcle  a perdu ses rentes et ses revenus, ressuscite quatre paroisses luthériennes à Lorentzen ,Keskastel, Pisdorf et Hirschland, tandis que les réformés obtiennent du Comte l’autorisation d’engager un pasteur de leur confession. Avec l’arrivée, en décembre 1698, du pasteur Samuel de Perroudet,  Diedendorf deviendra la paroisse-mère de tous les calvinistes à cent lieues à la ronde .C’est pourquoi un grand nombre de familles suisses viendront s’y établir, contraintes à l’exil  par le surpeuplement et une sévère récession économique.

 

 

 V. 18ème siècle : rétablissement de l’ordre et retour à la paix

 

Il faudra longtemps pour effacer les balafres qui défigurent les paysages du comté. Le finage de chaque commune est infesté de ronces et de broussailles, au point que, pour activer le défrichage, les terres mises en location sont exonérées de taxe foncière  pour une durée de neuf ans. Et comme beaucoup de familles ne sont toujours pas revenues, les villages restent encombrés de ruines.

Pour ce qui concerne la propriété foncière, c’est le chaos; les bornes sont arrachées, les documents perdus; on ne sait plus à qui appartient quoi, et partout éclatent des querelles et des conflits, tandis que les plus retors profitent de l’anarchie pour usurper les biens des disparus.

Les princes de Nassau-Sarrewerden se voient donc contraints d’ordonner le réarpentage de tout le territoire, commune après commune, pour reconstituer les livres terriers détruits.

A Diedendorf il faudra attendre jusqu’en 1733 pour voir se réaliser cette entreprise. Le nouveau terrier, intitulé «Rénovateur Protocoli» (6)est établi par le géomètre Geyersbach. Selon ce terrier (ou livre foncier) qui restera en usage jusqu’à l’introduction du cadastre en 1837, Diedendorf compte alors 48 maisons, y compris l’annexe du moulin, auxquelles il faut ajouter le château, deux maisons d’école assez rudimentaires sans doute, qui se dressent côte à côte sur l’emplacement de l’école actuelle, le vieux presbytère et trois tuileries, l’une à l’entrée du village (boutique du charron Matty), les deux autres à la sortie (Ziegelscheune), qui se partageaient, dit-on, le four et le puits.

Quant à l’église, elle occupe avec le cimetière une surface d’environ 14,10 ares, et le terrier donne copie de l’autorisation, grâce à laquelle elle a pu être reconstruite.

Le 16/26 février 1700, les princes Louis et Louis Crato de Nassau répondent à la supplique des réformés de Diedendorf, autorisés à reconstruire

à leurs frais l’église en ruines (die verfallene Kirche), à condition d’y maintenir le simultaneum, c’est à dire  d’en partager l’utilisation avec les luthériens, sur lesquels toutefois les réformés auront la préséance.

Pour réunir les fonds nécessaires, auxquels ils ajoutent leur propre contribution, le châtelain et le pasteur recourent au système usuel de la collecte en organisant des quêtes à l’étranger, notamment en Hollande, au Palatinat, en Suisse, pays réformés, ou encore à  Strasbourg. Quant aux paroissiens, ils participeront bénévolement aux travaux. Le 22 août 1700, la nouvelle église de Diedendorf est inaugurée, et c’est à l’intérieur de ses murs que ses deux «maîtres d’œuvre» seront inhumés, Streiff en 1722, et Perroudet en 1748 à gauche de la travée centrale près de l’autel. 

A la mort du pasteur Perroudet, qui a vécu près de 50 ans dans la grande maison qu’il s’est fait construire face à l’entrée du château, le souvenir des temps de guerre s’est estompé à Diedendorf, où la vie a repris son cours normal.

Le long siècle de paix, appelé aussi «siècle des lumières», fait émerger dans les esprits la notion de «démocratie» et provoque en 1789 à Paris un soulèvement populaire, dont l’onde de choc se propagea jusqu’au fin fond des campagnes. Ralliée aux idées nouvelles, la population du comté de Sarrewerden demande son rattachement à la République Française, rattachement ratifié en janvier 1793. C’est la fin de l’«ancien Régime». Les serfs de Diedendorf et d’ailleurs deviennent citoyens, et c’est avec enthousiasme ou prudence qu’ils ouvriront la voie aux «temps modernes».

 

NOTES

1. Encyclopédies d’Alsace et Liber donationum de l’abbaye de Wissembourg, Zeuss n°240

2. Notices sur un sarcophage découvert dans l’ancienne église de Diedendorf, 1885, dans le Bulletin pour la conservation des monuments historiques d’Alsace.

3. Revue Gallia, tomes XIV et XV.

4. Einkünfteverzeichnis à partir de 1344-A.D. Bas-Rhin, cote 8 J 21

5. Türkenschatzung 1542, document déposé à la bibliothèque municipale de Sarrebrück, Wissenschaftliche Landes kundliche Abteilung, Signatur A 400

6. A.D. Bas-Rhin ,cote 8 E 90.

 

P.S: A l’église de Diedendorf , le «similtaneum» prend fin en 1941 par suppression de la paroisse luthérienne du village, doublée de la suppression de la paroisse réformée de la Ville -Neuve-Sarre-Union. Aujourd’hui les membres des deux confessions ont oublié leurs différends, enfin réunis sous la bannière du protestantisme.

 

 

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