LE NEUWEYERHOF AU PASSE SIMPLE (2ème Partie)

Publié le par lichty lilly

 MAISON LIEB, DITE BONNE’S

 

 

              Les Lieb sont des descendants Schindler : leur aïeule Catherine Schindler est la sœur de Sophie, qui hérite le « château ». En 1840, elle épouse le garde-forestier Charles Auguste Elsass né à Bouxwiller, dont le père déjà était « garde- forestier de M.Mérian », et dont le frère, forestier à Wolfskirchen, y perpétuera le nom. Leur sœur Sophie Elsass a des descendants à Diedendorf.

             Les Elsass sont une famille de forestiers du pays de Hanau-Lichtenberg, où ils sont implantés dans bon nombre de localités.

             La fille de Charles Auguste Elsass, Caroline, épouse le charron Auguste Bonne, né en 1854 à Lichtenberg, fils de forestier lui aussi . Peut-être est-ce ce couple qui acquiert la maison.

             Leur fille, Emma Bonne (1883-1968) épouse Jules Lieb de Wieberswiller. Ils sont les grands-parents de Fredl, Monique et Suzanne Lieb.

 

 

                       MAISON SOMMER

 

 

           L’ancien « Erbbeständer » de cette ferme était apparemment Johannes Zahler (1719-1781), natif de St Stephan, canton de Berne.

           Son arrière-petite-fille Catherine Zahler épouse en 1847 Joseph Sommer (1828-1902), dont le père, de même nom, est économe à Bonne-Fontaine.

           Signalons en passant qu’un  premier Joseph Sommer apparaît dans les registres paroissiaux de Bischtroff où il est « Erbbestandsmüller », de confession mennonite. Il est probablement l’ancêtre des Sommer du Neuweyerhof et des villages alentour.

           Le Joseph du hameau a au moins 7 enfants. Trois de ses fils épousent trois des filles Leibundguth du « château ». L’une d’elles, Catherine, vient s’installer dans la maison de son mari, Jacob Sommer (1855-1947).

           Des 8 enfants de ce couple, c’est Louis (1887- ?) qui garde la maison. Il épousa en 1932 Ida Wendel de Peppenkum/ Sarre, que j’ai encore connue. Elle est restée l’étrangère qui se vengeait de cette exclusion en jouant des tours pendables aux voisins, et son personnage vaguement inquiétant ajoutait une sorte de piment à l’ambiance du «  Hoft » ; paix soit à sa mémoire !

          Son fils vendra la maison au général Arthur Schwartz de Diedendorf.

 

 

 

                                           MAISON KRÄMER

 

 

 

              Le premier Krämer, qui par son mariage avec Catherine Leibundguth s’implante au hameau est le cordonnier Hans Nickel Krämer (1818-1872) de Wieberswiller.

              Partant de là, on peut supposer que les occupants de la ferme furent les grands-parents de Catherine (Nickel Vautrin de Hinsingen qui épouse en 1779 Elisabeth Zahler), puis ses parents Catherine Vautrin (1780-1855) et Christian Leibundguth, également de Hinsingen.

              Le fils du cordonnier, Henri Krämer (1853-1930) épouse Christine Quirin de Domfessel, tandis que son frère Hans Nickel qui occupait peut-être un logement au « château », prend pour épouse Caroline Büllmann, une descendante Schindler.

              Adolf Krämer (1893-1973), le fils de Henri, me servait toujours du vin rouge auquel il ajoutait un peu de sucre, au temps où je faisais réchauffer chez lui ma gamelle d’institutrice.

 

 

 

                                      LE SCHWENDIHOF

 

 

               La forêt de Giesert ( anciennement « Geshart » ou forêt des chèvres) où se situe le Schwendihof, à moins d’un kilomètre du hameau, appartenait à Diane de Dommartin, marquise de Havré et baronne de Fénétrange, qui la vend en 1604 à Johann Philipp Betz, bailli des Salm, pour la somme de 600 frs lorrains.

               Ce n’est qu’ne 1730 qu’elle sera intégrée au domaine forestier du « Miederswald »

              Construite dans une clairière du Giesert, la ferme est nommée « Gieserterhof » dans les vieux registres. Comme au Neuweyerhof, le comte établit dans cette cense une famille de fermiers suisses, les Schwendemann ou Schwendimann, qui lui laisseront leur nom.

             Abraham Schwendemann (1709-1776) est natif de Niederstocken dans le canton de Berne. Il est dit « Melker » au Giesert. Sa femme et cousine Dorothée Schwendemann lui donne un fils : Johannes Schwendemann (1740-1805) il est « Erbbeständer » au Giesert. Trois mois après le décès de sa première épouse Barabara Haury, qui lui laisse 6 enfants, il se remarie avec Elisabeth Hügeli de Pfalzweyer. La raison essentielle de ces remariages hâtifs, très fréquents à l’époque, est le souci de rendre une mère aux orphelins en bas âge.

              A la troisième génération, Georges et Michel Schwendimann continuent d’exploiter la ferme, où ils élèvent leurs enfants (chacun en a six). Après leur décès, (1833, 1842), le Schwendihof, acquis par le domaine, servira de maison forestière dont les Braun seront les derniers habitants.
              Les Schwendimann de notre région descendent tous certainement des sept fils de Johannes.

 

 

 

                                     L’ECOLE

 

 

 

             On estime que le bâtiment date du milieu du 19è siècle. Avant sa construction, la classe se tenait probablement dans l’une des pièces du « grosse Hüss », pour laquelle les Schindler prélevaient un petit loyer.

             Le premier enseignant mentionné au Neuweyerhof est Abraham Noé (1756-1818) de Goerlingen. En 1779 il épouse une jeune fille du hameau, Barbara Zahler qui lui donne dix enfants.

             Les Noé sont une de dynasties de maîtres d’école en exercice dans les villages du comté. Formés « sur le tas » par leurs aînés, soumis à l’autorité du pasteur et rétribués sur les recettes de la fabrique d’église, ils enseignent la lecture, l’écriture, le catéchisme et quelques rudiments de calcul. A leurs gages, souvent fort maigres, s’ajoutent des prestations en nature, notamment l’usufruit de quelques arpents de terre. C’set sur ce terrain communal à l’usage de l’instituteur que sera construite l’école du Neuweyerhof : au temps de Melle Siegfried (1925-1933) les gens lui disaient que l’herbe du pré, qui servait de cour de récréation, lui revenait de droit. Cependant, elle s’est abstenu d’y prétendre, faute d’animaux domestiques autres que les souris.

             Un des successeurs de Noé est Georges Frédéric Magnus de Goersdorf (1814-1868) dont par hasard, j’ai trouvé l’acte de décès dans les registres de la mairie.

             L’école a fermé ses portes en 1956 ( ?) et aujourd’hui il n’y a plus d’enfants au hameau.

 

 

 

                                      LA SCIERIE

 

 

            La maison Neff, ex-maison forestière occupée à diverses époques par les gardes Kastendeuch, Rieger, Huber, Baltzer, est toujours appelée « Säjmiehl » par les anciens : c’était autrefois une scierie à vapeur, comme le confirme un document de 1837. (Il s’agit en l’occurrence d’un « plan de la situation du château » reproduit par l’Association d’Histoire de Sarre-Union dans son cahier de 1988, plan qui me laisse perplexe, car le château n’y figure pas).

            En 1840, le directeur de cette « scierie mécanique de Bonne-Fontaine » est Frédéric Louis Fallot, témoin au mariage du garde forestier Elsass.

            Quel rapport existe-t-il entre cette scierie et le « Säjmillerweyer » à deux kms de là ? Je laisse aux experts en mécanique le soin de répondre.

            A proximité de la Säjmiehl, le petit « Melkerhüs » servait de logis au marcaire. Dans les années 1920, elle était occupée par les Hauer, apparentés aux familles du Neuweyerhof.

 

 

 

                                     MAISON JUNG-BURR

 

 

              Ces deux bâtiments adjacents, plus modestes que les fermes, occupent au Neuweyerhof le 4è côté du carré dont le centre est la fontaine. L’un fut une auberge, et à ce propos je relève dans un extrait du cadastre la mention suivante : « Müller Georg, Wirt, Ehefrau Sophie, geb. Büllmann, in Neuweyerhof, 1.12.1919. Jetzt von Schlumberger ».

              Il semble donc que c’est après 1919 que la famille Schlumberger a acquis ces maisons pour y loger ses employés. Elles seront occupées par les familles Eck et  Charles Krau, plus tard par les Jung et les Burr.

 

 

 

                               LE CIMETIERE

 

 

             Situé en face, le petit « Begräbnisplatz » est un des derniers cimetières privés de France. C’est un lieu intime et paisible, que le goût de l’ostentation a épargné, et lorsque je m’y arrête, me revient en mémoire la boutade d’une amie qui me décrivait un petit cimetière d’Italie : « c’était si joli que j’ai eu envie d’être morte… »

             Dans un des angles du côté du canal, les Schlumberger ont élu leur dernier domicile : sous les colonnes brisées reposent deux fils d’Ernest, décédés en bas âge, et à côté leur frère Charles mort à 20 ans d’un chagrin d’amour. La stèle voisine porte les noms d’Ernest (1851-1926), le patriarche de Bonne-Fontaine, de son épouse Louise Caroline Trautmann, et de l’une de leurs petites -filles, première née de Jean Schlumberger du Moulin de Wolfskirchen. Les dernières tombes de l’enceinte entourée d’une grille basse sont celles d’Hubert (1909-1941) et de ses parents, Gaspard (1883-1948) et Herrade de Türckheim (1888-1974).

           Dans la partie supérieure du cimetière, la plupart des morts sont retournés à l’anonymat sous un tapis d’herbe, et sur les pierres, la mousse a effacé les inscriptions. Cependant la tombe d’Ulrich Schindler (1784-1852) et de son épouse Madeleine Balliet « 48 Jahre lebten beide in stiller Ehe auf dem Neuweyerhof » a résisté aux intempéries, ainsi que celle de Catherine Hirth (1785-1841), qui fut « dame de charge » au service des frères Koechlin, industriels de Mulhouse, auxquels Mérian vendit le domaine en 1836.

           Enfin, signalons la pierre tombale de Caroline Carl (1842-1908) de Diedendorf. C’est son mari, le garde-forestier Pierre Kastendeuch qui abattit en 1884 le dernier loup de Bonne-Fontaine, évènement commémoré par une pierre, qu’Ernest Schlumberger fit dresser sur la « Grenztranchée ».

 

 

 

           Cette étude n’est pas exhaustive, et comporte sans nul doute des erreurs et des lacunes, qu’on voudra bien me pardonner.

           En conclusion j’ajouterai à la mosaïque un dernier caillou, fait divers imaginé à partir d’un acte de naissance, tiré des registres de la mairie.

           De temps à autre, dans nos campagnes, le train-train quotidienne était rompu par le passage des nomades : saltimbanques, montreurs d’ours et de chèvres savantes, colporteurs, rémouleurs, réparateurs de pendules ou de parapluies…

           En ce jour de septembre 1851, un groupe de musiciens ambulants, installe son orgue de barbarie près de la fontaine au Neuweyerhof.

         Au son du tambour, la nouvelle se propage ; les gens accourent pour assister au spectacle et écouter les « Moritate », ces rengaines pleines de trahisons, de revenants, de suicides et de meurtres qui boulversent le public, et qui, aujourd’hui nous paraissent si délicieusement comiques : « Heinrich schlief bei seiner Neuvermählten, einer reichen Erbin von dem Rhein ; Schlangenbisse, die den Falschen quälten, liessen ihn nicht ruhig schlafen ein…Zwölf schlug ‘s da drang durch die Gardine eine kalte weisse Totenhand. Und wen sah er ? Seine Wilhelmine, die im Leichenhemde vor ihm stand… »

         Les enfants de la troupe font la quête et vendent les feuillets volants où sont imprimés les textes du répertoire. Soudain la jeune chanteuse s’interrompt, saisie de contractions. A la prière du mari, asile leur est accordé dans une grange où peu après, elle accouche de jumeaux, Charles et Caroline Winterstein.

         Quelques jours plus tard, les musiciens reprennent la route, attelés à leur charrette à bras, tandis que Marguerite transporte ses nourrissons, un devant, un derrière, dans une vieille taie de « Kelsch », offerte par Sophie Schindler et aménagée en berceau double, jeté sur l’épaule.

         Par le sentier  qui longe les étangs de la vallée, ( la route de Fénétrange ne sera construite qu’une trentaine d’années plus tard) le cortège s’éloigne pour rejoindre par étapes son « domicile » à Sarraltroff.

         Le calme est revenu au Neuweyerhof, et dans le silence on entend monter de l’étang la voix des lavandières : « Es schlief ein Graf bei seiner Magd bis an den hellen Morgen… »

 

 

 

                                                       Lilly Lichty

Publié dans HISTOIRE LOCALE

Commenter cet article

Frédéric NEFF 16/10/2012 18:25

Bravo et merci pour ce travail, j'ai pris un grand plaisir à redécouvrir et préciser l'histoire du Hoft où j'habite désormais.